CHAPITRE QUATRIÈME
Le Père Jacques de Lamberville vient se fixer dans le villag de Fekakwitha —- Joie de Catherine à cette nouvelle, son empressement à assister aux prières et aux instructions — Elle est baptisée solennellement Le jour de Pâques, 1675 — Ferveur de la jeune néophyte, nouvelles épreuves qu’elle a à subir.
ATIHERINE avait passé 18 aus dans linfidé-
lité, lorsque Dieu quiavait sur elle des vues
de miséricorde, inspira au R. Père Jacques
de Lamberville à qui les Sauvages avaient donné le nom d’Onesent, :a pensée d’aller s'établir au village où elle demeurait. Tous les printemps, elle avait coutume d'aider aux travaux des champs les gens de sa cabane, mais cette année un mal de pied l’avait obligée de rester à la maison. Ce missionnaire n’entrait pas dans cette cabane, surtout à cause de l’oncle de Catherine qu’il savait être hostile aux Français.
Tout en permettant à ses gens de prier au pays, il usait de toute son influence pour les empêcher de se rendre à la colonie française de Montréal pour y pratiquer la religion chrétienne. Un jour, cependant, le Père de Lamberville ayant passé près de la cabane de Catherine eut la pensée d’y entrer. A la vue du ministre de l'Evangile, son cœur tressaille de joie. Ses vaines appréhensions disparaissent, celle n’entend plus que la voix de Dieu qui l’appelle, elle déclare hautement devant plusieurs jeunes filles qui l'entourent l’impression profonde qu’ont faite sur elle les instructions du P. de Lamberville, Celui-ci, lisant dans l’âme de la jeune fille sauvage, ne tarda pas à connaître sa candeur, sa naïveté, son courage. Elle lui fait part du désir ardent qu’elle avait d’être baptisée ; mais elle ne lui dissimula pas qu’elle rencontrerait des obstacles de la part de son oncle et de ses parents, à cause de la crainte qu’ils avaient qu’elle ne vint à quitter le pays comme tant d’autres Pavaient fait. Mais elle ajouta qu’elle était bien décidée à se faire chrétienne, malgré tous les obstacles. Le Père admira la fermeté de sa résolution, mais il ne se rendit pas aussitôt à ses vœux ; il remit son baptême à un terme de plusieurs mois pendant lesquels il l’instruisit parfaitement des vérités du salut et s’informa quelles étaient ses mœurs et sa conduite, Les gens de sa”cabane et du village rendi-
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rent hommage aux vertus de la pieuse catéchumène ; ceux-là même qui lavaient d’abord méprisée et maltraitée avaient pour elle la plus grande estime,
Le Père de Lambervillé erut ne devoir pas différer plus longtemps de se rendre à ses pieux: désirs, et jugeant qu’elle était assez instruite ct suffisamment disposée, il décida qu’ell& serait baptisée solennellement dans la chapelle de la mission le jour de lâques, 1675, avec deux autres personnes. On lui donna le nom de Catherine. Le Saint-Esprit prenant possession dans le baptème de cette Îme d'élite, en fit son épouse bien-aimée et l’éleva en quatre ans à la plus haute sainteté.
11 n’en fut pas d’elle comme de plusieurs Sauvages qui, après leur baptème, se laissaient vaincre par le respect humain, par lesmauvais exemples et les sollicitations au mal qu’ils rencontraient de la part de ceux de leur nation avec quiils devaient vivre. Jamais elle ne se relâcha de sa première ferveur; sa vertu fut reconnue de tout le monde, tant des infidèles que des fidèles. Non seulement elle s’abstint de paraître aux festins de songe, aux danses, aux orgies d'ivresse et autres réunions licencieuses des Sauvages païens, mais elle s’assujettit avec la plus grande fidélité au règlement de vie et aux pratiques pieuses qui lui furent prescrites par le Missionnaire, au point d’exciter son admiration,
Pendant quelques mois après son baptême, elle put se livrer en paix à ces pratiques de religion sans être inquiétée. Maïs ce calme ne devait pas être de longue durée. Quand une âme veut entrer tout de bon dans le service de Dieu et se donner à lui, dit l’'Esprit-Saint, elle doit se préparer à subir toute sorte de tentations et d’éprhuves. Il en fut ainsi de Catherine. Ceux avec qui elle demeurait dans sa cabane furent les premiers à la persécuter, Elle vit se tourner contre elle plusieurs de ceux qui laimaient, et pour qui sa conduite était un reproche ; elle futen butte à la jalousie, à la calomnie, à la malveillanc+, on laccusa d’hypocrisie. On alla même jusqu’à tendre des pièges à son innocence, afin de lui faire perdre l’estime du Missionnaire qui la dirigeait, mais toutes ces persécutions ne servirent qu’à faire briller davantage sa force d’âme et Dieu la fit sortir victorieuse de ces épreuves.
Elle continua de se livrer avec une ferveur toujours plus grande à ses pratiques de piété. Elle passait toute la journée du dimanche en prières ; ses parents
Jui en firent des reproches et lui dirent que depuis qu’elle était chrétienne, elle était devenue paresseuse parce qu’elle n'allait pas travailler aux champs le dimanche avec les autres. Pour l’y obliger, on ne lui donna pas à manger ce jour-là ; on cachait les vivres
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qui avaient été préparés, pour que la faim l’obligeit d'aller travailler aux champs, mais elle uima mieux se passer de manger que de profaner Île jour du Seigneur. N’ayant pas réussi par ce moyen à la vaincre, ses proches s’y prirent d’une autre manière. On excita les enfants contre elle ; ils se mirent à la poursuivre de leurs cris lorsqu'elle se rendait à la chapelle pour prier ; ils se moquaient d'elle, lui jetaient des pierres et la montraient du doigt en disant : ‘“ Voilà la Chrétienne qui passe.” On l’appelait ainsi par dérision, parce qu’il n’y avait qu’elle de baptisée dans sa cabane. Bien loin de s’afliger de ces mépris qu’on faisait d’elle, elle s’estimait heureuse d’avoir à souffrir pour Dieu. Elle eut beaucoup à souffrir des jongleurs, des ivrognes et de tous les ennemis de la prière, ainsi que de la part de son oncle. Ce dernier imagina un moyen de lui faire quitter ses bons propos : cc fut d'introduire dans la cabane un jeune homme qui sy présenta armé d’une hache, le regard enflammé. Il leva la hache sur la tête de Catherine pour l’effrayer, mai. elle ne donna aucun signe d'émotion et à cette vuc le jeune homme lui-même se sauva saisit de terreur. Elle était bien occupée aux travaux pendant la saison d'été et celle d'automne ; en hiver, elle avait un peu de relâche. Elle eut néanmoins toujours plus
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ou moins à souffrir de la part de sa tante qui voyait avec peine son attachement à la religion, épiait toutes ses paroles et ses actions pour y trouver à redire. Les Sauvages ont coutume de donner à leurs oncles le nom de père. Or, il arriva un jour que Catherine, par inadvertance, oublia de lui donner ce nom. Cette femme en fut offenséc et alla trouver le P. de Lamberville pour lui dire que Catherine, qu’il estimait tant, n’était qu'une hypocrite et avait parlé à son mari d’une manière inconvenante. Le Père n’ajouta pas foi à cette calomnie, parce qu’il connaissait la méchanceté de celle qui en était l’auteur ; il lui fit même des reproches de manière à la confondre. Il ne laïssa pas néanmoins d’en parler à Catherine et de lui demander si elle avait mérité ces reproches. Elle fut tout effrayée d’entendre cette accusation et répondit avec fermeté et modestie qu’elle n’avait jamais eu même la pensée de faire ce dont on l’accusait et qu’elle espérait bien que Dieu lui ferait la grâce de ne jamais commettre des fautes semblables.
Ces épreuves rendaient à Catherine la vie pénible et la persévérance bien difficile. Elle conçut donc la pensée de quitter son pays et de se retirer parmi les Chrétiens de sa nation qui s'étaient établis près de Montréal, dans l'espoir de pouvoir servir Dieu en paix. Elle ne cessait de prier Dieu de la tirer des
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embarras où elle se trouvait. Bien des obstacles s’opposaient à l’exécution de ce projet ; son oncle, ennemi de la religion chrétienne, la surveillait de près et il lui était difficile de s'échapper. Nous allons voir comment, à force de prières et par suite de son entier abandon entre les mains de la divine Providence, elle parvint à le mettre À exécution.