Bourgeois de Paris, p
Îl6 VIE DE CHARLES d'oRLÉANS
vers Saint-Pol, où la paix est de nouveau acclamée. L'aprèsdînée on chevauchait librement dans Paris et le peuple était en fête'. Le lendemain le vieux duc de Berry, nommé capitaine, allait de nouveau par la ville joyeuse : et le menu peuple de déclarer que « c'était bien autre chevaucherie que celle des Jaqueville et des Cabochiens » ^
De notables processions se déroulaient ^ ; à Saint-Martindes-Champs, Gerson prit pour thème de sermon : In pace ici ipsnm, proposition qu'il développa au grand contentement de tous. Aux Halles on acclamait de même la paix et l'on publiait avec horreur cette liste, découverte si à propos, de notables gens de Paris dont les noms étaient précédés des lettres capitales T B R, qui doivent s'entendre : à hier, à bannir, à rançonner^. Du coup les plus gros bourgeois, surtout ceux-lcà qui aimaient tant Monseigneur de Bourgogne, se tournèrent vers les bandés. Nul n'osait plus parler de Jean Sans-Peur, et les petits enfants qui chantaient naguère si allègrement le refrain :
Duc de Bourgogne Dieu te remaint à joye
étaient foulés dans la boue ; à chaque pas on entendait les bandés sacrer : « Faux traître ! Chien Bourguignon ! Je renie Dieu si vous n'êtes pillé > ! » L'hôtel de Jean de Troyes fut rançonné ; il s'enfuit avec les autres, les Gois, les enfants Saint- Yon et Caboche ; on changea le prévôt de Paris, remplacé par un serviteur de Louis d'Orléans, le breton Tanguy
1. 4 août (Juvénal des Ursins, p. 485 ; Religieux de Saiut-Denys, t. V, p. 122). ~ Messe du Saint-Esprit à Notre-Dame pour la paix (Arch. Nat., LL. III, p. 189).
2. 5 août (Juvénal des Ursins, p. 485 ; Religieux de Saint-Denys, t. V, p. 130).
3. Le 7 août, entre autres (Arch. Nat., LL. III, p. 190) ; le 13 au palais royal (IMd., p. 191).
4. Juvénal des Ursins, p. 486; Religieux de Saint-Denys, t. V, p. 142.