Héraut Berry, p. T
Certes cette Angleterre du xv^ siècle était toujours la (( merry England », la joyeuse Angleterre On y fêtait depuis longtemps la Saint-Valentin et Charles remarqua en 1435 (sans doute ce n'était pas ordinaire), que le soleil ce jour-là apporta « sa chandelle allumée »; mais le duc y disait^ :
Seul me tendray, de confort desgarny, Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
On célébrait également le retour de mai en allant au bois cueillir la branche et écouter le chant des oiseaux ; mais Charles était alors comme son cœur 3 ;
Troublé, plain de vent et de pluie.
Les dames formaient des rondes dans la campagne et se couronnaient de feuillages ou de fleurs; les hommes couraient sur leurs chevaux caparaçonnés. On se posait des questions précieuses : à la fleur fallait-il préférer la feuille? Dans ce mai fragile, mêlé de soleil et de bourrasques, la fleur se fane vite et convient aux amours de peu de durée; la feuille fraîche et toujours verte, aux amours constantes, à tous ceux qui poursuivent l'honneur.
Dans la compagnie gracieuse qui se tint ce jour-là, à la fleur Charles préféra la feuille 4.
Ainsi disposé, comment s'étonner que tout en France parût plaisant au captif, jusqu'au vent qui soufllait de son pays > ; il souhaitait son soleil qui donne la joie^
Selon les nécessités de la politique, transporté d'un bout
1. CeUe expression se rencontre pour la première fois, au début du xive siècle, dans le Ciirsor Muudi (J. J. Jusserand, Histoire littéraire du peuple anglais, p. 217, 223).
2. Poésies, p. 75. — 3. P. 28, 57. — 4. P. 70. Cf. le charmant poème qu'écrivit une dame vers 1450, The floiuer and the leaf, dans le Chaucevian and other pièces, éd. W. Skeat, p. 360-379.