Ibid., p
5. Dans le discours que prononça le duc au jugement de Jean d'Alençon, il déclara cependant que la mort, dans sa captivité, aurait été pour lui un soulagement (Cf. ch. xix).
On ne saurait toutefois les nier. Voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue si l'on veut comprendre les sentiments que Charles d'Orléans portait au sol natal, le désir pacifique, sans nul héroïsme, qu'il avait de retourner le plus tôt possible dans son duché, même au prix de son honneur. Nous n'en pouvons douter, il aimait la France ; mais il l'aimait à la façon d'un homme de son temps revenu des pensées chevaleresques.
On le vit bien quand, après le traité de Troyes qui assurait sa succession au trône de France, le roi Henry V avait donné l'ordre d'amener le duc de Bourbon à Dieppe (juillet 1420) \ Charles d'Orléans fit à cette occasion^ une ballade pour son « compagnon très cher » le duc Jean de Bourbon : il lui demandait de ses nouvelles lorsqu'il fut débarqué en France :
Car quant a moy, sachiez que sans mentir, Je sens mon cueur renouveller de joye En espérant le bon temps a venir Par bonne paix que brief Dieu nous envoyé 3 !
Cette idée de la paix, de n'importe quelle paix, est seule capable, dans sa détresse, de lui mettre de la joie au cœur : tout chrétien, loyal et bon, s'en doit fort réjouir ; c'est parce qu'il l'a voulu châtier, que Dieu a envoyé la guerre à la Chrétienté.
On voit que Charles d'Orléans, sur ce point-là, partageait
1. Huilhard-Bréholles, La rançon du duc de Bourbon Jean l^^, p. 11.
2. Le duc de Bourbon était encore à Rouen à la fin de l'année 1422 ; en 1423, il fut ramené en Angleterre, n'ayant pu s'acquitter de sa rançon (Huilhard- Bréholles, op. cit., p. 16). En 1429, des négociations furent reprises entre ce prince et Henry VI, et le duc fut encore transféré à Calais (/Wi., p. 18); il était ramené en Angleterre avant le 15 janvier 1430 (Ibid., p. 20). En 1433, pour la troisième fois, le duc de Bourbon repassa en France (Ibid., p. 22). Il mourut en Angleterre, le 15 janvier 1434, dans le dénûment et l'abandon, tout cassé, à l'âge de 53 ans (Ibid., p. 43).