I. « Collaciunculam », dit Bocher
qu'ils sont plus amers. Comme l'or je suis éprouvé par la flamme. J'ai Dieu pour maître et pédagogue. Selon la parole de saint Bernard nos persécuteurs nous forgent des couronnes de gloire. Pour moi, comme pour les miens, orfèvres et joalliers travaillent gratuitement. Que d'artisans divers collaborent à cette œuvre! Les uns broient et frappent les patients tandis que d'autres sertissent des pierres très précieuses (savoir les dures tribulations) et fixent des clous d'or à leurs couronnes. Aussi, dit l'apôtre (Ep. aux Romains, xii) : (( Bénissez ceux qui vous persécutent et ne les maudissez pas. »
Il comparait encore la patience à la muraille battue par les machines de guerre ; à la maison qui abrite des pluies ; au laurier éternellement vert ; à la rose toujours rouge de son propre sang ; à l'or rutilant sous le feu ; à la pourpre ; cà l'enclume ; à la myrrhe ; au poivre et à la moutarde de contrition et de repentir...
Nicolas Bocher rappelait enfin la prophétie qui courait en France au sujet du duc d'Orléans et d'autres du sang royal. C'était celle du prophète Amos : « Je susciterai le tabernacle de David pour le détruire et je reconstruirai ses murs ouverts ; ce qui sera écroulé, je le restaurerai comme aux jours d'autrefois, afin qu'il possède les dépouilles des Iduméens et celles de toutes les nations, afin que mon nom soit invoqué sur eux. » Or il était bien clair que le royaume de France devait être entendu du tabernacle, et qu'au lieu de David il fallait comprendre le roi de France très illustre. « Certes Dieu vous remettra en votre héritage et vous le posséderez en toute joie, allégresse et honneur. »
Sur ce, frère Nicolas Bocher remerciait son seigneur d'avoir revêtu le pauvre du Christ d'une bonne chape neuve et lui souhaitait longue prospérité.
On ne sera pas trop sévère à ce théologien qui, de si bizarre façon, recueillait les miettes tombées de la table de ses maîtres : à la suite de Ruth le Moabite, dans le champ de Booz, il glanait les épis échappés aux mains des moissonneurs. Mais dévotement aussi il priait pour son prince \
Le texte du Manuel de confession de frère Bocher n'offre d'ailleurs aucune autre particularité. Ayant énoncé que la confession est une médecine spirituelle, il n'a guère de peine à déduire qu'elle correspond, point par point, à l'art de médecine selon les docteurs.
Un Anglais, frère Thomas, de l'ordre des Mineurs, professeur de théologie à Londres, adressa à Charles d'Orléans, en 1434, une Instruction du prévoyant PèJerin\ le duc lui ayant communiqué le célèbre Testament du Pèlerin.
Celui qui se met en route vers une région lointaine a coutume de faire un testament et d'en porter sur lui copie ; ainsi nous faut-il agir, nous qui devons gagner la Cité future. Tel est l'argument de Gerson qui, dans son traité, donna un exemple de ce testament à la fois spirituel et temporel. Frère Thomas jugea bon d'annoter cet itinéraire du pèlerin vers la Jérusalem Céleste. Il le renforça de distinctions scolastiques, de considérations, d'incidences, de propositions en trois points. Il passa du propre à l'allégorie. Il nous dit : « Le pèlerin porte un bâton à la main, une besace au côté, la robe 3 sur le corps. Le bâton qui sert à diriger l'homme sur la route est la Foi ; la besace est l'Espérance qui réconforte ; sa robe, la Charité du cœur qui abrite, comme elle, tous les membres... »
Il concluait par cette apostrophe : « O prince, entre les