CHAPITRE X
Lire des livres, méditer les philosophes scolastiques et les théologiens, transcrire des prières et les réciter, ne furent heureusement ni les seuls, ni les plus importants loisirs, de Charles d'Orléans captif. La Poésie devint son passe-temps habituel, comme elle le fut pour de nombreux prisonniers en ce temps-là \ Charles d'Orléans nous l'avouera sans prétention :
De balader j'ay beau loisir :
Autres deduiz me sont cassez ^
Ainsi quelques feuillets devinrent les confidents de sa tristesse, de ses espoirs, de ses joies. Il s'amusa, comme un enfant, du jeu de ses propres pensées, qui étaient subtiles et jolies \ Il en peupla son exil. Et comme il leur donnait corps et figure, plus encore que la mode de son temps ne l'exigeait, il vécut dorénavant en compagnie de Deuil, de Tristesse, d'Espérance, de Liesse, de Loyauté, d'Ennui, de Désir, de Danger, de Confort, de Plaisance, de Fortune, de Souvenir, de Mélancolie, de Mort et d'Amour. Partout, dans ces séjours de fortune que les circonstances lui donnèrent en Angleterre, cette imagerie irréelle hantait son esprit, comme
1. P. Champion, Le Prisonnier desconforté du château de Loches, Paris, 1909, introduction.