‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 240 sur 639 · Ihid., p. 405 : Il n'est nul si beau passe temps · texte numérisé non relu

Ihid., p. 405 : Il n'est nul si beau passe temps

Que de jouer a sa pensée...

ces tapisseries ingénues que l'on tendait aux quatre coins des chambres parées et qu'illustraient de graciles symboles. Or, ayant rassemblé ces feuillets \ Charles d'Orléans, en se jouant, se trouva avoir fait œuvre de poète ; de sa douleur il avait écrit ce livre, qu'il nous dit tout enluminé de ses larmes. De fraîches ballades, de douces chansons, de touchantes complaintes il avait orné sa vie.

Dès son retour en France on l'estimait, parmi les bons faiseurs, poète de renom, et l'exemple des amoureux. Ainsi Martin le Franc le saluait, peu après 1440 ' :

Certes les amoureux liens

Rendent subget puissant et sage :

Charles, le bon duc d'Orliens,

Nous en peut donner tesmongnage...

Se tu ne me crois si enquer

Le livre qu'il fit en Inglant :

La pert se les dames eut quier

Et se Venus l'ala senglant...

Pourquoi sur ce le temps pers je ?

Amours s'en va chascun cinglant,

Chascun est batu de sa verge.

De cestui Duc, de cestui prince

Je parle singulièrement :

Car, en prison, il aprint ce

Dont nous parlons présentement.

C'est cellui qui nouvellement

Sailli de l'Angloise prison

Par le notable appointement

Du duc qui porte la toison.

1. On lit dans l'inventaire de ses livres fait à Saint-Omer, le 5 novembre 1440 : 39. « Deux quayers de plusieurs balades » ; 44. « Item, quatre feuillets ou sont plusieurs chansons notées ».

2. Bibl. nat. Ms. fr. 12476, fol. 73, manuscrit dont le Ve livre est daté de 1440, et qu'écrivit le scribe Poignare, au cloître de Notre-Dame d'Arras, l'an 145 1 . — G. Paris (Un poème inédit de Martin le Franc, dans la Roman ia, 1887, t. XVI, p. 418 et suiv.) a fait remarquer que le Champion contenait aussi des allusions à des événements de 1442. A cette date le livre parvint à la cour de Bourgogne (G. Doutrepont, La litlérature française à la cour des ducs de Bourgogne, 1909, p. 303).

Qu'était « ce livre qu'il fit en Inglant », ce « poème de la prison ' » ? Comprenait-il seulement les pièces que Charles d'Orléans écrivit en Angleterre ? Le duc avait-il déjà composé des poésies avant sa captivité ?

Si, dans la solitude et l'ennui de son exil, les années heureuses de son enfance, ses malheurs présents s'offraient à son esprit accompagnés d'un rythme, comme d'un chant, c'est donc qu'il était né poète, car, en vérité, on ne saurait le devenir. Les loisirs inquiets de sa prison furent l'occasion de recueillir, de développer un don naturel qu'il avait vraisemblablement déjà exercé.

Qu'il soit né poète, qui songerait à s'en étonner ? Un cercle de lettrés s'était formé de bonne heure autour de son père Louis d'Orléans et les ménestrels, comme les rimeurs, trouvaient en lui un protecteur \ Jean Froissart lui avait présenté son Dit Royal ? ; Honoré Bonet, son Apparition de Jean deMeung^\ Christine de Pisan, enfin, comparait sa cour à celle du dieu d'Amours î. Dans sa librairie on rencontrait le roman d'Arthur et du saint Graal, le roman de la Rose, Mélibée, Grisélidis, l'Apparition de Jean de Meung, le Reclus de Moiliens, les Pèlerinages de Deguilleville, le Dit de Froissart et son Méliador, de nombreux écrits de la poétesse Christine de Pisan ^.

1 . Ainsi les modernes ont nomme la première collection des poésies de Charles d'Orléans.

2. Champollion-Figeac, Louis et Charles ducs â'OrJc'ans, leur influence sur les arts, la littérature et l'esprit de leur siècle, Paris, 1844, p. 122 et suiv.

3. De Laborde^ t. III, n" 5557 ; Le Roux de Lincy, La bibliothèque de Charles d'Orléans à son château de Blois en 142'j, Paris, 1843, p. 32,

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