‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 241 sur 639 · Bibl. nat., nis. fr. 835, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat., nis. fr. 835, f

6. P. Champion, La librairie de Charles d'Orléans, p. x-xvi. — C'était là toute l'assemblée des anciens rhétoriqueurs. Un contemporain les dénombra ainsi : « Guillaume de Lorris qui commença le roman de la Rose, Jean de Meung qui le parfit et écrivit ces livres de grande doctrine, Boèce, et le livre de son testa-

Certes Louis d'Orléans aimait la poésie et savait au besoin la pratiquer. Dans les Cuit Ballades, en compagnie des sires de Coucy, de Garencières et de Boucicaut, ses amis et familiers, il avait, jeune époux, pris la défense de Loyauté contre cette jolie menteuse, la Guignarde'. Eustache Deschamps, le rude et excellent poète, avait été son compagnon de beuveries, son familier et serviteur ^ Louis enfin était conservateur de la cour amoureuse 5.

Créée le 14 février 1401, le jour de la Saint-Valentin, par quelques grands seigneurs rassemblés en l'hôtel du duc de Bourgogne, à Paris, pour chercher l'oubli des terreurs provoquées par la peste, cette vaste association, fondée sur l'humilité chrétienne, la fidélité, instituée aussi en l'honneur des dames, comportait des obligations littéraires. Elle se composait : 1° d'un chef, le Prince de la cour d'amour ; 2° de trois grands conservateurs ; 3° de sous-conservateurs ; 4"^ de 24 chevaliers possédant rhétorique et poésie ; 5° de ministres et officiers, trésoriers des chartes, concierges, huissiers 4. C'était là la parodie d'un parlement amoureux. Rien ne s'y devait dire qu'à la louange des dames et on effaçait

ment ; Philippe de Vitry qui trouva la manière des motets, des ballades et des lais et simples rondeaux et la musique. Après lui était venu Me Guillaume de Machault, le grand rhétoriqueur des nouvelles formes, qui commença toutes tailles et les parfaits lais d'amour ; Me Jean le Fèvre, de Paris, qui fit Matheolus, le livre du Respit de la Mort et translata Ovide de Vetula ; Eustache Morel, dit Deschamps, neveu de Guillaume de Machaut, bailli de Senlis, très suffisant en dits et ballades, et Froissart qui fit tous ses faits à l'honneur de la partie d'Angleterre. » (E. Langlois, Aris de Seconde Rhétorique, p. 1 1 et suiv.).

1. Les Cent Ballades, poème du xive siccle, publié par G. Raynaud. Paris, 1905, iu-8, p. LX. [Soc. des anc. textes].

2. Œuvres, t. VII, p. 120, t. XI (Vie de Deschamps, par M. G. Raynaud).

3. La Cour amoureuse dite de Charles VI, par A. Piaget, dans Konnuiia, t. XX, p. 417; t. XXXI, p. 598.

4. La charte de fondation a été publiée par Ch. Potvin dans les Bulletins de VAcadiniie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 1886, 56e année, 3e série, t. XII, p. 191.

les noms et armes de ceux qui les diffamaient, comme cela arriva à Alain Chartier pour avoir composé sa « Belle Dame Sans Merci ». Les ministres devaient tenir la fête du Puy d'amour, le premier dimanche de chaque mois, faire une ballade et choisir un refrain à leur volonté. On tenait registre des ballades : au vainqueur on donnait une couronne ou un chapeau de fleurs.

Nous savons d'ailleurs que, dès sa petite enfance, Charles d'Orléans se prit à rimer. Tandis que son maître Nicole Garbet, bachelier en théologie et secrétaire de Monseigneur Louis, lui enseignait l'écriture, le latin, les Méditations de saint Bernard, le Dit de Caton, Alain de Lille et la Poétique de Godefroy de Vinsauf, il mit en vers la morale de son maître, l'an 1404 : Charles avait alors dix ans \ Est-il besoin d'ajouter qu'il rimait maladroitement et moralisait, par ouïdire, sur le péché d'orgueil, d'avarice, de luxure, d'envie, de gloutonnerie, de colère et de paresse? Ce beau poème, l'enfant l'intitula gravement : Livre contre tout péché ^.

On s'explique aussi les excuses que l'auteur allégua de sa jeunesse pour raisonner de la morale :

En priant tous ceulz qui orront.

Ou ce livret présent liront,

Qu'ilz vueillent prendre tous en gré

Ce que j'ay ycy raconté.

Et me pardonnent, je leur pry,

En cecy si j'ay point failly :

Car je n'est oie pas si saige,

Pour ce qu'estoie jeune d'âge,

Que je peusse faire traitté

Qui fust de grant moralité...

1. Bibl. nat., ms. lat. 9684 (Salluste), f. 37-41. — A. Thomas, Les premiers vers de Charles d'Orléans, dans la Roiuania, 1893, p. 128-133 ; P. Champion, La librairie de Charles d'Orléans, p. 96 et suiv.

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