‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 245 sur 639 · Poésies, p · texte numérisé non relu

Poésies, p

3. Ibid., p. 17.— 4. P. 14.— 5. P. 15. — 6. P. 18. —7. P. 20.— 8. P. 99.

Tant bien lui siet a la noble Princesse Chanter, dancer et tout esbatement, Qu'on la nomme de ce faire maistresse.

Elle fait tout si gracieusement Que nul n'y scet trouver amendement ; L'escole peut tenir de courtoisie :

En la voyant aprent qui est saichant, Et en ses faiz qui va garde prenant : De ces grans biens est ma dame garnie.

Bonté, Honneur, avecques Gentilesse, Tiennent son cueur en leur gouvernement Et Loyaulté, nuit et jour, ne la laisse. Nature mist tout son entendement A la fourmer et faire proprement De point en point ; c'est la mieux accomplie Qui aujourduy soit ou monde vivant.

Je ne dy riens que tous ne vont disant : De ces grans biens est ma dame garnie.

Elle semble mieux que femme Déesse ; Si croy que Dieu l'envoya seulement En ce monde pour monstrer la largesse De ces haultz dons, qu'il a entièrement En elle mis abondonneement.

Elle n'a per ! Plus ne scay que je dye ; Pour fol me tiens de l'aler devisant, Car moy, ne nul, n'est a ce souffisant : De ces grans biens est ma dame garnie.

S'il est aucun qui soit prins de tristesse, Voise voir son doulx maintenement ; Je me fais fort que le mal qui le blesse Le laissera pour lors soudainement Et en oubly sera mis plainement :

C'est Paradis que de sa compaignie !

A tous complaist, a nul n'est ennuyant ; Qui plus la voit plus en est désirant : De ces grans biens est ma dame garnie.

LA POESIË

L'Envoy

Toutes dames, cy qui oyez comment Prise celle que j'ayme loyaument, Ne m'en sachiez mau gré, je vous en prie. Je ne parle pas en vous desprisant ; Mais comme sien je dy en m'acquittant : De ces grans biens est ma dame garnie k

Il est impossible de n'être pas frappé du parallélisme que présentent ici ballades et chansons \ Là encore, Charles d'Orléans nous répète comment son cœur accointa « Beauté qui tant le scet chérir » 3 ; il nous dit qu'il a choisi la dame c( la mieulx en bien acomplie » s que la pareille ne saurait se trouverait monde, « soit qu'elle dance, chante ou rie » \ Il la nomme sa nonpareille maîtresse et se déclare l'humble servant de sa « gente jeunesse»^. Elle est « la gracieuse, bonne et belle » 7 ; il célèbre sa « doulce jeunesse », son gentil corps gracieux^ ; il la dit pleine de douceur 9 ; ses yeux sont beaux et doux'°; chacun la suit, jeune ou vieux, déclarant : « c'est une déesse » '^ Sans se lasser, non sans fatigue pour nous, Charles la nomme sa « nom pareille princesse » et vante encore sa « douce jeunesse » '^

On n'en saurait douter: vers le temps où Charles d'Orléans commença, en ballades comme en chansons, de nous décrire son amour pour « Beauté », il était devenu l'exemple d'une parfaite courtoisie, le servant conventionnel du Dieu d'Amour. On ne s'en étonnera pas, puisqu'au jour de la Saint-Valentin, martyr, il avait juré d'observer ses commandements qu'il nous résuma ainsi :

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