K.-H. Vickers, op, cit., ch. IX et suiv
dinal. Ainsi fut fait contre la liberté de la principale église du royaume qu'il révérait...
Item, il a gouverné votre hautesse, ce qu'aucun homme lige ne devait faire ; et moi, votre oncle, il m'a éloigné du pouvoir, comme mes cousins d'York et de Huntingdon.
Item, en la nécessité de votre jeune âge, il vous a prêté pour l'armée 4.000 livres sur certains joyaux estimés 20.000 marcs ; il a pris des garanties sur le port de Southampton ; il a volé sur la laine ; il a fait des prêts en délayant et sans profit pour vous ; il a fait délivrer le roi d'Ecosse.
Item, il a dépensé trop d'argent : d'abord dans les ambassades d'Arras, pour une feinte paix ; plus tard, à notre insu et contre le bien du royaume, il envoya encore une autre ambassade vers Calais. Si cet argent eût été employé pour la défense de votre royaume les marchandises de votre pays auraient un autre cours ! Comme il existait une guerre naturelle entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne, causée par une inimitié mortelle, qui semblait devoir durer toujours, il a cependant consenti à ce que le duc d'Orléans s'entretînt à part avec les conseillers de votre adversaire, ainsi qu'avec la duchesse de Bourgogne. Cette alliance a grandement fortifié notre adversaire.
A son retour de Calais il vous a conseillé, à Windsor, de vous contenter de la seule couronne d'Angleterre, de la formule Rex AngUœ.
Item, moi Gloucester, déclare que la délivrance du duc d'Orléans est entièrement due à la médiation dudit cardinal: et c'est pour cette cause qu'il fut mené à Londres. Or votre père n'avait-il pas ordonné dans son dernier testament que, jusqu'au jour où la conquête de la France serait entièrement terminée, le duc d'Orléans ne devait pas être délivré ? Du moins n'aurait-on dû le faire sans une grande délibération.
30é VIE DE CHARLES D*0RLÉANS
Reprenant son invective, Gloucester insinuait qu'il était impossible d'accumuler des richesses telles qu'en possédait le cardinal : comme il ne pouvait les avoir levées sur son église, et qu'elles ne lui venaient pas d'héritage, il fallait bien que le cardinal fût un voleur...
Ainsi l'avait écrit en vain cet Anglais obstiné'. Le conseil était bien décidé à se ranger à l'avis du cardinal : c'est pourquoi Gloucester rédigeait une autre protestation, plus violente que les précédentes (2 juin).
Il insistait alors sur l'incapacité du roi Charles de France et de son fils, disait sa crainte de voir les Etats Généraux donner au duc d'Orléans la direction des affaires. Il vantait ses connaissances profondes, son jugement éclairé, le savoir qu'il avait des choses d'Angleterre, dénonçait « sa nature extrêmement subtile et cauteleuse, que les membres du conseil connaissaient bien ». Il peut, disait-il, pacifier le différend du roi Charles et de son fils ; il est allié aux maisons d'Armagnac et d'Albret. Votre adversaire lui octroiera, avec le consentement des nobles et des trois Etats, le gouvernement et le fera régent. Etant donné la connaissance qu'il a des affaires d'Angleterre jamais il ne s'appliquera à cimenter une paix honorable et profitable. Devant de telles responsabilités Gloucester demeurait indigné 2; il se demandait si le duc d'Orléans savait la gravité du serment qu'il allait prononcer. Gloucester rappelait enfin les articles du testament où Henry V avait indiqué la seule manière de délivrer le duc d'Orléans. C'est pourquoi, pour sa décharge, il demandait de faire apposer le grand sceau sur l'acte de délivrance de Charles d'Orléans.
1. Stevenson, IVars of the English in France, vol. II, part. 2, p. 440-451.
2. Rymer, t. X, p. 765 (2 juin 1440). Ampliation de l'avis de Henr\' VI, (Cakndur of patent rolls, vol. III, p. 430).
Il y a lieu de penser que cette indignation était feinte, que sa violence masquait son défaut de sincérité. Etait-ce bien à Gloucester de prendre ce jour-là la parole? Netait-il pas, en partie, l'auteur de ces maux qu'il dénonçait si furieusement et n'était-ce pas sa faute si les Anglais ne pouvaient plus rien sur le royaume de France? N'avait-il pas, malgré le sage Bedford, en épousant Jacqueline de Hainaut, en envahissant le Brabant, détourné à tout jamais Philippe le Bon de Falliance des Anglais, qui faisait toute leur puissance ? Par surcroît ne l'avait-il pas insulté? Non, ce n'était pas la faute du cardinal si l'Angleterre n'était plus de force à absorber la France dans l'union chimérique des deux couronnes. Ignorait-il les progrès des armées du roi Charles, le terrible salaire que, par leurs insurrections populaires, les Français avaient réservé en Normandie à une administration cependant sage et douce ? Avait-il la prétention de faire oublier au conseil anglais la pénurie du trésor, la difficulté de plus en plus grande de faire passer des troupes en France ? Il est toujours facile de faire croire à une nation malheureuse qu'elle est trahie. Gloucester parla suivant des rancunes personnelles et pour la joie du populaire : il ne parla pas pour la gloire de la nation anglaise. Elle avait assez à faire chez elle, lasse qu'elle était d'une guerre qui la drainait d'hommes et d'argent, intolérable à tout cœur chrétien, qui retardait plutôt son progrès qu'il ne le servait. Voilà ce que savait, mais ce que feignait d'ignorer Humfrey, duc de Gloucester, de Hollande, Zélande et Brabant, comte de Hainaut et de Flandre, titres qu'il prenait pour la confusion du duc de Bourgogne ^ Enfin, on aimerait ignorer qu'un homme, qui alléguait
1 . Ces idées ont été développées dans les deux belles introductions du Rév. Stevenson (Leilers and papers illustrativc of Ibe luars of the Eiiglish in France).
tant de principes, était le gendre du propre garde de Charles d'Orléans, un profitable prisonnier ^
Le 2 juillet 1440 fut signée la convention par laquelle le duc d'Orléans recouvrait la liberté \
Le roi anglais, dans le préambule de cet acte 3, déclarait que le duc, alléguant combien la fortune lui avait été amère, tout en pleurs et gémissant, lui avait rappelé que depuis le jour de la bataille d'Azincourt, gagnée par son noble père de bonne mémoire le roi Henry (il y avait 24 ans passés !), il était tombé entre les mains de son père. Continuellement il était demeuré détenu, comme il est encore maintenant, subissant avec obéissance sa prison et sa garde, sans que de parole, d'écrit ou de fait, il puisse être repris sur le devoir des captifs, sans machination ni attentat. Ainsi il était demeuré prisonnier, comme un malheureux étranger, éloigné de ses amis et de ses parents, exilé du sol natal, stérilement et sans fruit, de façon à n'être utile ni à lui-même ni aux autres ; il avait passé de telle sorte la plus grande partie de sa vie, ne pouvant s'aider ni de ses deniers, ni de ses terres, dont il ne touchait rien. Et, comme il dit 4, il se trouvait appauvri à l'extrême, et comme annihilé, en sorte qu'à peine il pouvait recevoir une petite somme pour le rachat de sa personne ou donner finance, comme au début de sa captivité il avait pu le faire. C'est pourquoi, avec grande humilité, il nous a supplié, bien humblement, pour qu'il
1 . « Et quant au regard du duc d'Orlyens les Anglois n'estoient mye enclins de le délivrer pour ce principalement que chascun en avoient de ses pays grosses revenues pour largement payer ses despens. » Waurin, éd. Hardy, t. IV, p. 292 ; Monstrelet, p. 434.
2. Rymer, t. X, p. 776-782, 782-786; Arch. nat,, K 65, n°s 15 et 24.
3. Arch. nat., K. 65, n» 153. Cf. la copie des conditions de l'élargissement. K, 65, no 15
4. Tout ce préambule est la requête rédigée par Charles d'Orléans et présentée au conseil d'Angleterre (Rymer, t. X, p. 776-782).
n'allât pas à sa perte finale, de daigner, moyennant des offres convenables, nous entendre avec lui au sujet de sa délivrance. Ce que nous avons fait pour éviter déverser le sang chrétien, les inconvénients innombrables provenant des guerres, pour l'amour de la paix, estimant enfin que chez un prince il est aussi glorieux d'avoir pitié d'un vaincu que de vaincre un ennemi.
Sur ce le roi Henry énumérait les conditions de son élargissement :
1. Le duc d'Orléans payera de suite 40.000 nobles ou 80.000 écus.
2. Dans l'espace de six mois, à compter du jour où il sortira de notre royaume, il payera ou fera payer 60.000 nobles ou 120.000 écus.
3. Outre ces sommes, dans le même temps, 20.000 nobles ou 40.000 écus.
4. Pour plus grande sûreté, le duc procurera, de la part de notre oncle et adversaire, Charles, roi de France, des lettres approbatives. Si le duc d'Orléans n'observait pas l'engagement qu'il prend envers nous, le roi Charles et son fils ne l'aideraient pas, mais le considérant comme indigne, ils le feraient repasser au plus tôt dans le royaume d'Angleterre.
5. A ces conditions, après avoir prêté serment, le duc d'Orléans sera élargi afin que ses amis et parents lui procurent les 40.000 nobles de provision ; en cas de non payement, 40 jours après les six mois écoulés, il devra se constituer prisonnier.
6. Quant au testament de son père, qui recommandait de garder soigneusement le duc d'Orléans prisonnier, le roi Henry déclarait que cette mesure avait pour but la paix finale entre les deux rovaumes. Or Charles d'Orléans avait
promis d'obtenir cette paix au terme d'un an, sinon de nouveau il devait se constituer prisonnier.
Le chancelier de France et le Bâtard demeuraient toujours à Saint-Omer. Isabelle de Bourgogne avait établi sa résidence à Hesdin ; elle correspondait avec ses ambassadeurs à Calais, avec Etienne Wilton, le secrétaire du roi anglais, avec le duc d'Orléans, empruntant à tout le monde, aux bonnes villes de Flandre et de Hainaut, à la comtesse de Namur pour la délivrance du duc Charles ^ Le i6 août arrivaient les ambassadeurs français, l'archevêque de Narbonne, l'évêque de Poitiers, Guillaume le Tur, président du Parlement, et Jacques Juvénal'' ; le 20, des lettres de sauf-conduit étaient accordées au Bâtard et à 80 personnes de sa suite, à la comtesse deDunois et à 60 personnes ^ En septembre, Charles d'Orléans s'était mis d'accord avec le roi Henry au sujet de sa rançon et le duc avait obtenu l'envoi d'une ambassade pour Calais > ; le 28 octobre le roi anglais faisait délivrer des sauf-conduits aux ambassadeurs de France, à la duchesse de Bourgogne, aux gens du duc d'Orléans^ ; licence leur était donnée d'appareiller une nef, de moins de 200 tonneaux, montée de 20 marins.
Ce même jour, fête des apôtres Simon et Jude, lord Fanhope amena Charles d'Orléans dans la cathédrale de Westminster. Il prêta serment solennel sur les saints Evangiles, en présence du roi d'Angleterre et de tous les princes, en l'absence du duc de Gloucester, qui quitta la cathédrale avec éclat, dès que commença la messe ^ :