‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 302 sur 639 · De Beaucourt, t. III, p · texte numérisé non relu

De Beaucourt, t. III, p

Charles d'Orléans commençait à jouer auprès du duc de Bourgogne un rôle important, modérateur de la paix entre les deux royaumes, de toute paix en général.

Ainsi l'entendirent les Brugeois qui vinrent le trouver à Saint-Omer, afin qu'il leur amenât le duc de Bourgogne : révoltés jadis contre lui, et craignant sa colère, ils désiraient maintenant d'être réconciliés avec leur « très redouté » seigneur. Ce que Charles obtint bientôt de son cousin de Bourgogne : de compagnie ils partirent donc pour Bruges ^

On pense avec quelle joie ils furent reçus (ii décembre) : tous ceux de la loi s'étaient rendus à leur rencontre, nu-pieds et sans chaperon, pour demander leur pardon. Sur la prière de Charles d'Orléans, Philippe de Bourgogne déclara oublier leurs torts et reçut les clefs de la ville. Alors s'avancèrent les processions des églises, mendiants, religieuses et béguines, avec leurs chapes et leurs reliques, chantant le Te Deiim ; les marchands des quatre nations chevauchaient couverts de très riches habits.

Comme en toute réjouissance de Flandre, il y eut force vacarme, bannières déployées et mangeaille abondante. Ainsi les rues de Bruges étaient de chaque côté tendues de riches et fins draps, orgueil de l'industrieuse cité ; et, sur de grands échafauds, se jouaient diverses manières de jeux. Les trompettes d'argent, clairons et autres instruments retentissaient par la ville ; machines et mannequins jetaient vin et cervoise à qui voulait en boire. Aussi criait-on: Noël M La nuit les feux de grands échafauds resplendirent sur la ville et ses canaux.

1. Monstrelet, t. V, p. 445 ; Inventaire des archives de la ville de Bruges, par L. Gilliodts-van Severen, 1876, t. V, p. 194 (l'ambassade brugeoise partit le 14 novembre pour St-Omer).

2. Monstrelet, t. V, p. 447. Cf. le récit publié par L. Gilliodts-van Severen dans V Inventaire des archives de la ville de Bruges, t. V, p. 194-196.

Et les jours suivants les Brugeois firent toutes les joyeusetés qu'ils pouvaient imaginer pour l'amour de leur seigneur, et pour réjouir le duc d'Orléans. Rien n'y manqua : joutes sur le marché pour les nobles hommes et les bourgeois ; danses à grand triomphe des demoiselles de Bruges ; soupers servis abondamment aux frais de l'échevinage. Enfin, ce dont Charles se montra particulièrement touché, ceux de la ville lui remirent certains présents : de la vaisselle sans doute et de l'argent

Tandis que les Brugeois faisaient si joyeusement la paix avec leur seigneur, Charles d'Orléans régularisait sa situation envers son beau frère de Bourgogne : ainsi, le i8 décembre, ils signèrent leur traité d'alliance^; le 22, les marchands de Florence établis à Bruges faisaient, par lettre de change, passer au nom du duc de Bourgogne 80.000 saluts d'or pour sa rançon \

Le lundi suivant Charles d'Orléans quitta Bruges avec sa femme 4. A leur départ de l'hôtel de Bourgogne, dames et demoiselles versèrent maintes larmes lorsqu'il fallut prendre congé du duc d'Orléans et de sa jeune épouse, élevée avec elles 5. Le duc de Bourgogne les accompagna du moins jusqu'à Gand où ils furent honorablement reçus^: ils burent à leur entrée le vin du Rhin et reçurent trois cruches d'argent, émaillées de lions qui formaient les armes de la ville ; Charles fut encore étrenné de deux douzaines de plats

1. Monstrelet, t. V, p. 448. — L. Gilliods vau Severen, Inventaire des archives de Bruges, t. Y, p. 196.

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