Chronique de Jacques de Lalaing, p. 39 et suiv
2. Il place d'ailleurs à Nancy des scènes qui se sont passées certainement à Châlons. (Cf. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. IV, p. 439, notes supplémentaires).
3^2 VIE DE CHARLES d'oRLÉAKS
d'orfèvrerie, Jaquet porta sur son heaume une très riche guimpe, garnie de perles, que lui avait envoyée Tune des dames et, sur le bras gauche, une manche brodée de perles, cadeau de l'autre. Au banquet qui se donna le soir en son honneur, Jaquet parut vêtu d'une riche robe vermeille, le visage frais et coloré comme la rose; il fut placé entre les deux dames qui se croyaient chacune la mieux aimée. La première, bien secrètement, sans être aperçue de l'autre, lui donna un riche diamant; la seconde, un rubis monté sur un anneau d'or. Il les prit, fort honnêtement, ayant toujours en souvenance lès beaux avertissements qu'à son départ lui avait faits messire son père de ne faire chose dont il pût être repris ni de Dieu ni du monde. Et l'on dansa au son de mélodieux instruments, et l'on but des vins épicés'.
Le lendemain la cour se rendit à la messe du roi ; on y apprit que le comte d'Angoulême, délivré de sa longue prison d'Angleterre, serait là au dîner. Ainsi les seigneurs partirent aussitôt à sa rencontre pour l'amener au roi : il le reçut â grand' joie et l'embrassa :
(( Beau cousin, vous nous soyez le très bien venu, comme celui que nous désirons voir! » — « Monseigneur, répondit le comte, je loue Notre Seigneur de vous voir en bonne prospérité de votre personne ».
Jean fut alors mené vers la reine, le dauphin et la dauphme, vers le duc d'Orléans, son frère, et vers la duchesse qui lui firent grande fête.
I. Il n'tst pas impossible que la jolie plume du sécréta/"^ à qui l'aventureux chevalier conta ses juvéniles prouesses, n'ait plus tard enjoli I. le récit de ses exploits ; du moins rappelle-t-il fort les meilleurs traits du Petit Saintrê. La jeune épousée du duc grisonnant avait-elle en son escarcelle des diamants à distribuer aux chevaliers errants? Le fait paraît assez improbable. Le tableau des fêtes données à la cour est tracé du moins d'agréable façon ; et l'on conçoit sans peine que deux jeunes princesses, coquettes et romanesques, en furent les reines.
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La vie activé 35 j
C'était un homme instruit, très pieux, enclin aux méditations philosophiques et morales : au physique, une grosse tête ronde avec un front plissé, de grands yeux tristes, une face glabre et creusée profondément, un corps courbé avec des mains décharnées \
Après le départ de Charles, Jean d'Angoulême avait dû passer en Angleterre des années de captivité qui lui parurent sans doute plus longues encore. Le Bâtard, toujours ingénieux et fraternel, avait le plus contribué à sa délivrance. Car, dès l'année 1442, il avait conclu avec Somerset un accord fort habile. Lors d'un échange de prisonniers comprenant le bâtard de Somerset, il avait exigé la venue en France de Jean d'Angoulême qui débarqua à Cherbourg sous la garde de Thomas Gower. Des négociations s'engagèrent pendant quinze mois. Suffolk, qui de prisonnier était devenu Fami du Bâtard, protégeait alors les d'Orléans. Il sut travailler pour Jean, pendant qu'il signait la trêve avec la France. Le 12 mai 1444 il lui promettait la liberté en échange de 12.000 saluts payés comptant et de 65.000 autres garantis par les scellés des frères d'Orléans et des princes ^ De Cherbourg, Jean d'Angoulême avait alors écrit à son frère Charles ^
1. Cf. la planche de Thevet exécutée d'après le portrait qu'on voyait aux Célestins de Paris (Leroux de Lincy, Paris et ses historiens, p. 518-519).
2. G, Dupont-Ferrier, op. cit., p. 72. — Le 20 décembre 1444 Charles d'Orléans mandait de faire payer à son- secrétaire, Pierre des Caves, 20 écus d'or pour un voyage de Blois en Angleterre, vers le comte d'Angoulême (Bibl. Nat., P. orig., 584, des Caves, 4) ; le 22 mai 1445, de Paris, Charles mandait aux gens de ses comptes de faire bailler 730 écus aux serviteurs qui avaient fait passer certaines grosses sommes à Cherbourg à un serviteur du comte de Suffolk pour l'élargissement de son frère, alors prisonnier à Londres (Bibl. Nat., P. orig,, 2158, Orléans, 576). Cf. Arch. Nat., K. 535, n° 27, fol. 20 v" « certain appointement,,. fait entre Monseigneur le duc d'Orléans et Monseigneur le conte de Suffolk sur le fait de la délivrance de Monseigneur d'Angoulesme ».
3. L. Delisle, Deux lettres de Bertrand Du Guesdin et de Jean Je Bon... Paris, 1884, in-40.
de travailler à la paix générale, ainsi qu'au mariage du roî anglais et de Marguerite d'Anjou. Si cette fois il échouait c'en était fiiit de lui pour toujours! La trêve avait été signée sous la présidence de Charles d'Orléans : on engagea la belle croix de Berry et la garantie d'argent fut ainsi trouvée \
Le 3 1 mars, l'an 1445, Jean d'Angoulême, en l'hôtellerie du Griffon à Rouen, signait et jurait la cynique convention par laquelle sa rançon de 150.000 écus se monta à prés de 300.000 \ Il s'en fut rendre visite à Suffolk qui lui dit justement : (( Ce n'est pas à nous qu'il faut et convient de rendre grâces; mais, à la vérité, à notre très cher et grand ami le Bâtard, comte de Dunois. Nous lui sommes depuis notre délivrance à tout jamais obligé et tenu. S'il vous plaisait de prendre, messire et beau cousin, notre part et portion de gratitude, par saint Georges, nous estimerions et croirions pouvoir l'acquitter mieux 3 ! » De Louviers, première ville française où le comte d'Angoulême séjourna, il écrivit au Bâtard avec émotion 4. Ainsi Jean avait rejoint la cour à Châlons ; maintenant la fête redoublait en son honneur \
Sur un feuillet de garde de la Geste des Nobles François, que
î. Arch. Nat., K. 72, 565. Le 6 juillet 1444, à Blois, Charles d'Orléans s'engageait à rembourser 15.000 saluts d'or que le roi René devait payer pour la délivrance du comte (Arch. Nat., K. 72, n" 567) ; lettre de Charles au duc de Somerset disant qu'il répondait des 10.000 saluts du comte du Maine (Arch, Nat., K. 72, n» 56^) ; le 6 mai 1446, Charles s'obligeait envers le roi d'Angleterre j pour la somme de 30.000 saluts (Arch. Nat., K. 72, n»^ 56") ; en 1447, il réglait la j dépense des ducs de Clarence, d'York et du comte de Dorset, lors de leur voyage | en France (ibiJ., n" 56»3); le ler août fut signé l'accord final entre les fondés de j pouvoir de Charles et ceux de la duchesse de Somerset, touchant ce qui pouvait lui être dû pour la délivrance du comte (ihid., n° 56'+).