Bibl. nat.^ ms. fr. 2239, fol. 17 vo
l'enfance 21
Cet enseignement dut surtout porter sur la grammaire, base des sept arts, dont seuls les clercs de profession suivaient le cycle complet. Un contemporain de Louis d'Orléans, Jacques Legrant, dans VArchiloge Sophie qu'il dédia précisément à ce prince, résumait ainsi cet enseignement :
L'art dit de grammaire apprent a parler latin, Lequel trouva jadis le roy nommé Latin : Ce langage est propice pour converser ensamble Quant le parler de l'un a l'autre ne ressemble.
Outre cet office universel, la grammaire expliquait encore la signification et les règles des mots, les propriétés des dictions latines, comme déclinaisons, nombres, figures, genres et plusieurs autres choses, « lesquelles en français seraient de petit profit, car les règles de grammaire sont bien plus profitables en latin qu'en français. » Puis venaient, dans la série des études, la logique qui montre la « manière d'arguer », la réthorique qui apprend à « bien et bel parler ». Mais il est peu probable que Charles ait entendu ces deux enseignements. Quant au parler de France, le langage « frais et joli », dont il usa par la suite, nul, fort heureusement, ne s'avisa de le lui enseigner : c'était là l'office de la nourrice et l'usage mondain faisait le reste.
Garbet, le maître d'école, était d'ailleurs bon latiniste et nous possédons encore la transcription du Térence (ms. lat. 7917) qu'il expliqua à ses élèves. Très vraisemblablement il copia encore pour leur instruction un Catilina (ms. lat. 9684) et un Jugurtha (ms. lat. 5747). Vers 1406 les trois enfants d'Orléans entendaient l'explication de ce dernier ouvrage. Un miniaturiste nous a conservé le tableau où Salluste, sous la figure d'un roi barbu et couronné, admoneste les trois frères, long vêtus de leurs houppelandes
vertes et couronnés de feuillage'. C'est à Garbet que Charles dut de lire le latin d'une façon très suffisante, goût qu'il conserva le reste de sa vie. Et sans doute il apprit facilement, étant d'esprit curieux et subtil, riche en mémoire ^ On aimerait pourtant savoir s'il se plut aux jeux de son âge, si comme le jeune Boucicaut il assemblait les enfants pour s'emparer de certaine place en forme de petite montagne, faisant de ses chaperons bassinets à la façon des routiers, chevauchant des bâtons, jouant aux barres, au Croq-Madame, à jeter dards et pierres \ Mais entre sa mère Valentine et les dames de sa suite ^, maître Nicole Garbet le pédagogue, Philippe, son frère cadet de presque deux ans, et le petit Jean, comment ne pas penser que Charles se montrât doux et surtout enclin à l'étude.
Charles semble avoir peu connu son père ^' : il ne faisait que passer, toujours rempli de projets et d'affaires, d'humeur assez volage d'ailleurs. Certes il allait faire visite à sa femme ; au jour de l'an il lui présentait de riches cadeaux, comme celui de six diamants en anneaux ^ et la duchesse mettait au monde une fille, en 1401, mademoiselle Marie d'Orléans'. Mais, comme Valentine aimait passionnément et son mari et ses enfants, elle accueillit aussi vers ce temps-là un fils que
1. Voir la planche en tête du présent chapitre. — Sur cet exemplaire, cf. La librairie de Charles d'Orlcans, p. 95.
2. Discours en faveur du duc d'Alençon. Cf. Poésies, p. 117 :
Piéca en jeunesse fleurie Quant de vif entendement fu.