Arch. Nat., KK
Bien empêché de les aider autrement, le duc d'Orléans faisait expédier aux Astesans ces belles missives, d'une savante latinité, que rédigeait en son nom son premier secrétaire, le poète Antonio d'Asti :
« A nos bien aimés et fidèles, à la commune, au conseil et aux bourgeois de notre ville d'Asti, Charles, duc d'Orléans et de Milan, etc. Fidèles et bien aimés ! Des motifs considérables nous ont fait faire dans cette ville un séjour plus long que nous ne le pensions. Toutefois nous avons ainsi exposé notre affaire à notre seigneur le Roi et nous sommes certain qu'il nous prêtera secours. Pour cette cause nous envoyons maintenant nos illustres frères les comte d'Angouléme et de Dunois vers sa royale Majesté afin que, sans retard, les promesses qu'elle nous a faites soient suivies d'effet. Pour ne pas perdre de temps nous serons de retour ici cette semaine, devant aller vers notre illustre frère le duc de Bouro:oo:ne et faire toute diligence, afin qu'il envoie aussitôt en Lombardie les gens d'armes qu'il nous a promis. Nous sommes certain aussi d'avoir le secours de l'illustre duc de Bretagne, et nous envoyons vers lui de nouveau afin que sa promesse soit éo^alement suivie d'effet. Tout cela vous le saurez bientôt mieux encore, à la grande joie de tous les vôtres, par la venue du seigneur Jean Foucault, ou de tel autre condottiere que nous avons résolu d'envoyer vers vous, avec une partie de nos gens d'armes, avant le très saint jour de Noël. Après avoir expédié nos affaires avec ledit duc de Bourgogne, nous aussi prendrons le chemin de Lombardie avec le reste de nos troupes, en grand nombre. Nous comprenons bien que notre cause l'exige. Tout retard, que nous savons vous être insupportable, ne l'est pas moins pour nous. Bien plus, nous craignons qu'il ne nous soit préjudiciable. Aussi hâterons-nous notre aff;iire, autant que cela dépendra de nous. Puisse-t-elle porter fruit par la fiiveur du Dieu tout-puissant ! Donné à Paris, le 14 novembre 1448. » ^
Le 22 novembre, Charles d'Orléans faisait encore écrire de Paris à ses bien-aimés et fidèles Astesans, usant toujours de la plume du lettré Antonio :
« Après avoir [vu notre sérénissime seigneur le Roi, nous avons rencontré ici le chancelier et les autres ambassadeurs dje notre frère le duc de
I. M. Faucon^ Le mariage de Louis d'Orléans et de Valentine Visconii. La dowination française dans le Milanais de 1387 à 1450, extr. des Archives des Missions scientifiques et littéraires, Paris, 1882, in-8, p. 35-
Bourgogne, en qui nous avons trouvé les meilleures dispositions. Eux aussi parleront de notre affaire avec le conseil du roi, en sorte que, par la grâce de Dieu, toutes nos afîiiires de Lombardie sont présentement en fort bonne situation. Aussi nous vous écrirons plus longuement par Pierre Dubois, notre fourrier, que nous vous enverrons. L'argentier du roi I est retourné vers le Roi. Après le rapport qu'il lui a fait, si le Roi n'avait toujours montré une bonne disposition pour nos affaires, elle aurait été meilleure encore. Ainsi chaque jour toutes choses vont au mieux. De notre part nous mettons bonne diligence à bien négocier. Aussi, bientôt, vous éprouverez l'effet d'une gratitude toujours nouvelle pour vous » 2.
Le duc d'Orléans, en plus de ses propres chariots portant ses bagages, besognes, garde-robe, et de la charrette à quatre chevaux qui menait les cofîres de Madame, louait à Paris deux autres chariots avec onze chevaux. Le 8 novembre, sur son départ, il entendait les trois ménétriers qui jouèrent devant lui.
Accompagné de ses gens et de la duchesse, Charles gagnait en plein hiver Amiens ; il y arriva à la fin de décembre, ayant traversé rapidement ses états du Valois par Senlis, où Marie de Clèves vit l'un de ses filleuls, par Verberie où les enfants 1 firent des tours. A Coucy, le duc visita les ouvriers charpeni tiers qui travaillaient au château. A Chauny, Monseigneur ; tint sur les fonts l'enfant de Jehan le Chesne ; les habitants lui accordèrent, le 2 5 novembre, une queue de vin et 100 1. 1., j sur les villages K Là vint Adolf de Clèves, à la rencontre de j sa sœur, avec une suite de 43 chevaux. De Chauny, le j 4 décembre, Antoine l'Astesan écrivait encore une lettre I aux habitants d'Asti :
« Nos Fidèles ! D'accord avec notre sérénissime Roi, nous sommes venu dans ces pays pour rencontrer notre illustre frère le duc de Bour-