‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 4 sur 639 · Olivier delà Marche, t. II, p · texte numérisé non relu

Olivier delà Marche, t. II, p

INTRODUCTION

de son administration, devaient rimer pour lui plaire. Charles récompensait ceux qui « faisaient des ballades devant lui»'. Sur cette réputation, en 1460, un pauvre hère sortant de prison se mit en route vers Blois et s'offrit à lui comme domestique : François Villon.

Et François, le « povre escolier », nommera Charles « doulx seigneur », noble César ; Robertet, secrétaire du duc de Bourbon, après l'avoir célébré « ung droit César en libéralité », intègre comme Caton, un Fabius en foi, dira de façon bien significative :

Ung Robertet, indigne à porter plume, Pour atouchier après voz haulx escriptz, Ces petiz vers ici vous a escriptz, De rude main, plus pezant qu'un enclumes

Ecoutons encore Cadier, le président de la Chambre des Comptes du Forez :

Vous, l'ung des plus nobles du monde, Prince, très redoubté seigneur, A Blois m'avez acreu d'onneur...3

Une des tentatives qui montrent le mieux l'estime où l'on tenait les compositions du duc d'Orléans est cette traduction latine qu'un humaniste d'Asti, Antonio Astesano, entreprit vers 1450, et qui parvint à Blois entre 1461 et 14634. Ce secrétaire lombard, demeuré en notre pay-s de 1450 à 1453, lisait alors des livres en français pour se perfectionner dans notre langue : une heureuse fortune fit venir entre ses mains le « petit livre » des poésies de son maître, à la fois si charmantes et si pleines d'enseignements 5. Cette lecture l'a de suite ravi ; il est touché de sympathie et d'étonnement en pensant dans quelles conditions ces poésies furent composées : « Je m'émerveillais souvent de ces livrets qu'écrivit Ovide, exilé dans la région Pontique ; maintenant ma surprise tombe au sujet d'un tel poète quand je lis les vers du prince captif. » Ici le Rhétoricien, nourri des centons de Virgile, d'Ovide, de Catulle et d'Horace, a reconnu la grande tradition des élégiaques et des lyriques : d'instinct l'Italien a pressenti la beauté. Non pas qu'il n'apportât quelques restrictions à son admiration : « Si par l'art de Rhétorique le duc avait appris l'éloquence et entendu

1. Il fit ainsi payer 4 s. 6 d. à Baudet Harenc (De Laborde, III, n° 6677).

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