H. XIII
Bibl. Nat. fr. 25458
Exemplaire original des poésies de Charles d"Orléans en partie de sa main — le second rondeau est autographe
Loyauté contre la jeune et fausse Guignarde, était de nature à le passionner : n'y trouvait-il pas l'image de ses propres sentiments ? Car lui aussi, d'amant loyal se tourna souvent comme le défenseur de Fausseté.
On a vu que Charles d'Orléans rapporta d'Angleterre le recueil de ses poésies désigné ainsi : « le livre des Balades de Ms. à ung fermouer à ses armes » \ Ces poésies circulèrent aussitôt en France, et Martin le Franc, aux environs de 1440, en témoigne :
Si tu me crois si enquer Le livre qu'il fit en Inglant :
La per se les dames eut quier Et si Venus l'ala sanglant
Plusieurs manuscrits paraissent bien répondre à l'indication fournie par Martin le Franc k Puis, en 1449, nous voyons encore le duc d'Orléans offrir à Madame d'Argueil une copie
' I. De Laborde, III, n» 6545.
2. G. Paris, Un poème itiêdit de Martin le Franc, dans la Romania, t. XVI, p. 418. — En 1442 le Champion était parvenu à la cour de Bourgogne (G. Doutrepont, La littérature française à la cour des ducs de Bourgogne, Paris, 1909, p. 303).
! Cf. ch. X.
3. Ms. de l'Arsenal, no 2070 (Sensuit le livre que fist Mons»" d'Orléans lui estant prisonnier en Angleterre ouquel y a dedans contenu plusieurs belles ballades et rondeaulx envoiez a madame sa femme...) ; Bibl. Nat., ms. fr. 191 3 3 (Cy commance le livre que Monseigneur Charles duc d'Orléans a faict estant prisonnier en Angleterre) représentant une autre rédaction, indépendante, mais certainement antérieure à 1440. A cette famille se rattachait le ms. conservé au château de Chambéry en 1498 « Ung livre de papier moyen, escript a la main, en vers, tractant de monseigneur d'Orléans estant en prison en Angleterre » (A. Piaget,
l dans la Romania, 1893, p. 427) et celui qui se trouvait dans la bibliothèque des j ducs de Bourgogne aux armes du duc d'Orléans (Barrois, Bibliothèque protypographique, Paris, 1830, no 1400 et G. Doutrepont, op. cit., p. 379). — Le beau ms. du British Muséum, Reg. 16 Fij, exécuté entre 1500 et 1502, ne paraît pas contenir non plus de pièces postérieures à l'année 1441. Comme il a été écrit et enluminé par un Flamand, on peut croire qu'il reproduit le ms. perdu des ducs de Bourgogne.
50é VIE DE €H ARLES d'oRLÉANS
de ses poésies'. Entre 1450 et 1453' le secrétaire italien que Charles d'Orléans avait ramené d'Asti, Antonio Astesano, eut communication du recueil des poésies de sa jeunesse \ Rentré chez lui, pour s'entretenir dans la pratique de notre langue, il mit en latin les poésies « savoureuses et si pleines d'enseignements » de son maître
C'est peu de temps après que Charles d'Orléans fit exécuter, pour son usage, la copie qui forme l'exemplaire original de ses compositions (ms. fr. 25458) > : les pièces y étaient rangées suivant leur forme, et au-dessus des chansons on avait réservé le parchemin blanc pour y inscrire la musique correspondante. Dans la suite, à différents moments de sa vie, Charles relut dans cet exemplaire ses propres compositions, les corrigea, y écrivit de sa main des pièces nouvelles, ainsi que ses familiers, en fit transcrire d'autres par ses secré-
1. Bibl. Nat,, P. Orig., 125 1, Fricon, no 6. — Ce curieux document a été découvert par M. J. de Croy (Un portrait inédit de Charles d'Orléans dans les Mém. de h Société des sciences et lettres de Loir-et-Cher, t. XIX). — C'est vraisemblablement un exemplaire de ses poésies qu'il fit copier en 1461 pour Mademoiselle de Roigny (B. N., P. O., 2475 ; P. Champion, La librairie de Charles d'Orléans, pièces justificatives).