Poésies, p
Il le feuillette, le relit, corrige et gratte son parchemin. 11 est très calme, pense et rêve. D'une main ferme encore, Charles transcrit ses poésies, de son écriture harmonieuse et lente. Ainsi, naguère, il a surpris en cette attitude son propre cœur ' :
Dedens mon livre de pensée J'ay trouvé escripvant mon cueur La vraye histoire de doleur, De lermes toute enluminée...
Et comme il l'épiait un autre jour^
Apres entrer je le voye
En ung comptouer qu'il avoit ;
La deçà et delà queroit
En cherchant plusieurs vieux cayers.
Il est impossible de fixer de façon plus juste son propre geste et son attitude.
Vieux cahiers de vélin, grosses sommes de théologie vêtues de velours noir, livrets de toutes sortes remplissaient les rayons de l'armoire de sa librairie. Là, parmi ses antiquailles, Charles d'Orléans compose des poésies légères et, vieil enfant, s'amuse de jeunes pensers^ :
S'ainsi m'esbas ou penser mien Et mainte chose faiz escripre En mon cueur, pour le faire rire.
Tout ung est mon fait et le sien.
Que le bon seigneur s'en excuse mollement, puisque son propre plaisir est devenu le nôtre !