CHAPITRE XVIII
LA NAISSANCE DE MARIE d'oRLÉANS (19 décembre 1457)
A quarante-six ans, lourd de corps et las d'esprit, Charles avait épousé Marie, fille d'Adolf de Clèves, âgée de qua- 1 torze ans et deux mois \ Pendant seize ans leur foyer demeura privé d'enfant. Il importe donc de dire, autant que nous pouvons la connaître, la vie personnelle que mena la jeune compagne de Charles d'Orléans.
Marie était le sixième enfant d'Adolf, duc de Clèves et de Marie, fille de Jean Sans-Peur % qui avait apporté à ce prince allemand, avec une partie de la Flandre Orientale, l'alliance précieuse de la maison bourguignonne. Et depuis, Philippe I le Bon avait pris à sa cour et à sa charge les nombreux enfants d'Adolf qu'il mariait avantageusement. Ainsi Marie de Clèves, presque une enfant, était devenue en 1440
1. Née le 19 septembre 1426 (W. Teschenmacher, Annales Cliviiv, Jidiœ, Montix, Revenshurgix, antîqux et niodernœ, Arnehmii, 1638, in-fol., p. 255 ; Robert Scholten, Chronique de Clèves, Cleve, 1884, in-8, p. 140).
2. En 1399. De ce mariage naquirent 3 fils et 7 filles: Jean, né le 16 janvier 1419 (premier comte de Flandre Orientale) qui succéda à son père et épousa, en 1455, Elisabeth, fille de Jean de Bourgogne, duc de Nevers; Elisabeth, née en 1420, qui épousa Henri, comte de Schwartzenburg ; Agnès, née en 1422, épouse de Charles de Vendôme, roi de Navarre ; Hélène, née en 1423, épouse de Charles de Brunswick ; Adolf, né en 1425, premier comte de Ravenstein ; Maiie, qui épousa Charles d'Orléans, née le 19 septembre 1426; Engelbert, né en 1433, qui épousa Jeanne de Bourgogne en 1435 (W. Teschenmacher).
SÎ4 Vie de Charles dorlÉans
réponse de Charles duc d'Orléans et le gage de son alliance bourguignonne.
Un bon prince d'ailleurs que cet Adolf de Clèves, pratique et très simple, tout occupé d'arrondir son duché, pauvre pays pris entre le cours de la Meuse et du Rhin, couvert de forêts et de marécages, où l'on faisait surtout l'élevage du bétail \ Pour voisins il avait le duc de Bourgogne, seigneur des duchés de Gueldre et de Brabant ; de l'autre côté du Rhin, les seigneurs de la marche de Westphalie ; au sud, Cologne, Juliers, les cités épiscopales. Quant à sa ville de Clèves, située sur trois collines et le versant d'une montagne boisée, elle regardait le cours légendaire du Rhin. Heureux dans ses guerres avec les seigneurs ses voisins, Adolf avait tiré de sa victoire le plus d'argent possible, étendu et fortifié son territoire, élevé à Clèves la Tour du Cygne -.
Si en 141 7, au concile de Constance, Adolf s'était fait reconnaître sublime entre les ducs de l'Empire Çin siihlimiorem onJinem), au festin qui suivit cette distinction on le vit paraître vêtu d'une pauvre robe. A l'Empereur qui lui en demandait la raison il répondit caustiquement : « Si j'avais changé de robe, plutôt que de rang, ce n'est pas un duc, mais un tapis, que mes sujets pourraient révérer, très grand Empereur ». Et comme son fils Jean, envoyé dès l'enfance à la cour de Bourgogne, avait adopté, avec la langue française, les somptueux costumes pailletés que l'on portait autour de Philippe le Bon, on raconte qu'Adolf, entendant un jour les grelots des mules qui passaient, s'échaufia et dit en son dialecte allemand : « Da konipt Johenneken mit den heUen : voici venir mon fils Jean avec ses sonnettes ». Adolf avait coutume