LA NAISSANCE DE MARIE D ORLEANS 5 I
de répéter : « Q,u'un prince est ridicule quand il n'a pas honte de changer la simplicité de son pays pour un luxe étranger » î Sur les devoirs d'un prince, comme il les entendait, Adolf avait, disait-on, composé ces vers:
Sein nein wass nein gerechtigh, Sein jha wass jha wolmechtigh, Er was seins worts gedechtigh, Sein mundt sein grundt eindringlich, Ein prinsz aller princen spigel, Sein wort dass war sein sigel, Seins mudts gar unverzagt :
Wer hat ihn auss deni feldt gejagth ^ ?
On pense quel fut l'émerveillement de la petite Marie de Clèves quand, de la maison de ce sentencieux et simple personnage, elle passa à la luxeuse cour de Bourgogne où elle suivit la duchesse Isabelle. Et, comme elle était femme, elle adopta, avec autant de bonheur que son frère, les modes, les grandes façons, les plaisirs qui étaient la gloire de Philippe le Bon. Mariée au duc d'Orléans, Marie de Clèves contribuera à maintenir à Blois l'étiquette et l'air de cour qu'elle a connus chez son oncle de Bourgogne. Elle s'accommodera fort bien du reste de splendeur de la. maison d'Orléans. Rien ne paraît à cet égard plus significatif que le soin que Marie de Clèves prendra de rappeler le souvenir de la duchesse Valentine; son instinct de femme l'a devinée si accomplie en élégance qu'elle usera de sa devise désolée, de sa chantepleure, des larmes symboliques dont Valentine avait paré la douleur de ses derniers jours. A Blois, cette Allemande sera toute Orléanaise. Mais, pour cela, Marie de Clèves n'oubliera pas ses parents, ses frères Jean et Adolf, son oncle et sa tante de Bourgogne. Elle restera en correspondance avec eux. On
l. \V. Teschenmaclicr, op. cit.
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échangera des cadeaux. A Adolf Marie donne une chantepleure d'or à sa devise pour porter la plume de son chapeau ' ; à son oncle de Bourgogne, un cordon de chapeau terminé par un petit diamant en façon de cœur^ ; à sa mère la duchesse Marie envoie une haquenée Les messagers de Cléves et les ménestrels allemands seront toujours les bienvenus à Blois.
A en juger par la médiocre miniature qui la représente dans un de ses livres de prières, Marie de Clèves était blonde, assez maigre, avec de gros traits à ce qu'il semble 4 : c'est dommage puisqu'un jeune écuyer témoigne qu'elle « estoit l'une des plus belles dames que l'on eut sceu veoir » > et qu'elle a été courtisée, dans sa jeunesse, par l'avantageux Lalaing. Marie est représentée priant au pied de la croix, vêtue d'une longue robe d'or brochée, à ramages de couleur rouge, serrée très haut sous les seins par une ceinture noire où vient se croiser une sorte de grand col blanc (une de ces pièces de poitrine que la princesse affectionnait) ; elle porte sur le sommet de la tête une sorte d'atour, un grand et disgracieux hennin transparent.
La santé de Marie de Clèves était^ semble-t-il, délicate. Au mois de mai 1441 elle tomba malade à Blois et Jean le Fuzelier, conseiller du duc, lui amenait, pour la visiter, M^' Coustin, avec d'autres médecins^. Le 26 août 1445, Jean de Jondongne, chirurgien du roi, recevait un don pour « la Visitation qu'il a faicte de certaine maladie qui estoit survenue à nostre très chère et très amée compaigne », dit le mande-