Mil., t. IV, p
toute cette noblesse s'en allèrent banqueter en l'hôtel d'Artois. Telle était la presse qu'on n'y pouvait trouver la place de s'asseoir ; Charles d'Orléans avait toutefois une chambre pour lui seul, son propre buffet richement paré de grosse vaisselle ; sur sa table, tout ce qui aurait pu convenir à un roi. Quant à Madame d'Orléans, elle présidait la j grande salle avec le duc de Bourgogne. Et chacun défilait, admirant les merveilles de ce banquet, ce grand dressoir en manière de château rond, garni de vaisselle dorée et de flacons enrichis de pierres, que surmontaient quatre licornes \ Mais il manqua quelqu'un à la féte : ce fut encore le triste roi Louis. Il supportait mal tout le luxe des Bourguignons qui l'avaient jadis recueilli ^ ; il désirait quitter Paris et gagner au plus tôt son cher pays de Touraine?.
Le 30 septembre 1461, Charles entrait à Orléans en compagnie du roi Louis ; à chacun d'eux la ville remettait 2.000 livres. Sur la porte Bannier on avait peint trois grandes fleurs de lys surmontées d'un écriteau sur lequel on lisait :
En moy a pris tant de delis, De France le très noble roy.
Qu'il m'a donné le cueur de lis Que je porte par bon arroy.
On avait suspendu au travers des rues des étoiles de ferblanc doré ; des anges y voletaient avec leurs ailes faites de plumes de paon. Mais on ne put donner le spectacle des mystères et des moralités de personnages, le roi ayant fait son entrée trop tard, à la lueur des torches. Toutefois, sur leurs I échafauds, les hauts ménestrels l'accueillirent mélodieuse-