‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 559 sur 639 · Poésies, p. 108. — 3. P. 113. — 4. P · texte numérisé non relu

Poésies, p. 108. — 3. P. 113. — 4. P

Mon cueur, n'entreprens trop de choses :

Tu peulz penser ce que tu veulz,

Et faire selon que tu peuz,

Et dire ainsi comme tu oses.

Qui vouldroit sur ce trouver gloses,

Je m'en rapporteray a eulx.

Se ces raisons garder proposes,

Tu feras bien, par mes conseulz.

Laisse les embesoignez seulz.

Il est temps que tu te reposes :

Mon cueur n'entreprens trop de choses...

Non, ses sentiments ne sont pas feints : si Charles n'aime plus qu'un couvre-chef et un chaperon % en cela il ne doit pas être estimé apostat 2:

Ce n'est pas par ypocrisie.

Ne je ne suis point apostat :

Pourtant, se change mon estât Es derreniers jours de ma vie, J'ay gardé, ou temps de jeunesse.

L'observance des amoureux; Or m'en a bouté hors vieillesse Et mis en l'ordre douloureux Des Chartreux de Merencolie...

Fortune 3 et Mélancolie 4, tels sont alors les thèmes de ses méditations : Charles se montre résigné au bien comme au mal>. Il nous le dit littéralement, lui qui, tant de fois, avait approuvé les comptes des dépenses et des recettes de ses argentiers :

Sans faire mise ne recepte Du monde, dont compte ne tien.

Mon cueur en propos je maintien Que mal et bien en gré accepte :

Se Fortune est mauvaise ou bonne A chacun la fault endurer...

I. Poésies, p. 336. — 2. P. 340. Cf. p. 369. — 3. P. 114, 115, n6. — 4. P. 365, 366, 367. - 5- P- 369-

Rien n'y vault engin, ne decepte :

Au derrain on congnoistra bien Qui fera le mal ou le bien.

Grans ne petiz je n'en excepte !

Quant à la Saint-Valentin qui tomba sans doute en 1456, elle ne lui apporta plus que bona dies : « vieille relique en vieux satin » \

Toutefois Charles ne sera pas la victime tranquille de

cette Mélancolie qui le combat si fort : il s'efforcera de la

chasser % comme on poursuit un chien enragé. On peut

même croire que le duc d'Orléans savait le moyen de la

mater, témoin ces francs rondeaux 3 ;

Soupper ou baing et disnerou bateau, En ce monde n'a telle compaignie :

L'un parle ou dort, et l'autre chante ou crie. Les autres font balades ou rondeau, Et y boit on du viel et du nouveau...

Ou bien encore 4 :

En y ver, du feu, du feu.

Et en esté, boire, boire.

C'est de quoy on fait mémoire Quant on vient en aucun lieu...

Chaulx morceaux, faiz de bon queu, Fault en froit temps, voire, voire :

En chault, froide pomme ou poire.

C'est l'ordonnance de Dieu !

Mais le mieux, n'est-ce pas encore de se taire de s'acheminer vers la « sagesse » : mot qui devait souvent revenir dans sa conversation et dont plus tard Louis XI se gaussera ^ :

Devenons saiges désormais.

Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx.

Noz oreilles, aussi noz yeulx.

Ne croyons de legier jamais.

I. Poésies, p. 370. - 2. P. 375, 378. — 3. P. 375. — 4- P. 376. — 5- P- 377'

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