‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 602 sur 639 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Certes Blosseville, malgré son talent, avait bien raison de lui répliquer avec gentillesse :

Je ne suis pas tant abusé Que de me vouloir entreniestre De corriger les faits du maistre Qui est du mestier tant rusé.

Le jugement de cet ancien confrère demeure; car Antoine de Cuise est (( l'un des poètes les plus complets » de ce temps \

Quant à la personnalité d'Antoine de Cuise, elle nous échappe encore. Jeune, amoureux ou feignant de l'être, désespéi-é comme il convient en de telles conjonctures, il était au surplus bien léger d'argent. Il voyageait. Il a nommé Saint-Pol et Paris et s'est dépeint dans une situation comique à la porte de Parthenay, chevauchant vers Châtellerault ; il parle d'aller attendre sa dame à Tours. Evidemment Antoine était un jeune écuyer. Si l'on ajoute qu'il connaissait Meschinot, qui suivait alors le connétable, qu'en ce temps-là Richemont résida à Parthenay et se rendit à Tours, on sera fort tenté de chercher sa personnalité dans le milieu des écuyers qui servirent alors de courriers diplomatiques \

1. C'est ce qu'a bien vu M. G. Raynaud qui se trompe d'ailleurs : 10 sur la personnalité d'Antoine de Cuise, qu'il identifie avec Antoine de Lorraine qui porta le titre de comte de Guise avant 141 5 (p. xviii-xix), 2*" sur l'étendue de son œuvre, dont il donne une partie importante au médiocre Antoine de Lussay, dont on ne connaît d'ailleurs qu'un seul rondeau (p. vi-vii). Or, dans le ms. fr. 9223, rien n'autorise cette distinction. Le scribe du manuscrit qui, arrivé au fol. 73, a déjà transcrit 12 pièces d'Antoine de Cuise (à partir du fol. 48, il a déjà abrégé son nom A. de Cuise) écrit simplement dans la suite du ms. Antoine. Il suppose que nous le connaissons suffisamment. Rien, dans la mesure et dans l'esprit de ces pièces, ne permet de les distinguer. Même sentimentalité artificielle dans l'expression des sentiments amoureux, même facilité dans le vers; même imitation de Charles d'Orléans et de Meschinot.

2. Ce qui est hors de doute, c'est qu'Antoine de Cuise parut à Blois après 1450, qu'on le trouve en rapport avec Blosseville (p. 105), correspondant avec Jean

Il faut avouer qu'en ce qui concerne la date des deux séjours ' de François Villon à Blois nous sommes réduits à des inductions.

Car, au mois de décembre 1456, ayant pris part au crochetage du collège de Navarre % François Villon, qui venait de terminer ses Jais, avait cru devoir quitter Paris. Il annonçait un voyage vers Angers. Il serait bien étonnant qu'il n'ait pas eu l'idée de se rendre à Blois vers un prince qui appréciait chez autrui la poésie K

Mais si le vœu de Villon d'être admis au nombre des serviteurs de Charles d'Orléans fut exaucé, s'il obtint les gages dont il parlera plus tard, ce séjour à Blois ne dut pas être de longue durée. Pour quelles raisons, nous l'ignorons. Or comme Jean, duc de Bourbon depuis 1456, était l'un des correspondants poétiques de Charles, nous avons lieu de penser que, de Blois, François Villon eut l'idée de se rendre à Moulins''. Il cheminait en ce temps-là « sans croix ni pile. »

A Moulins il obtint un don de six écus du duc de Bourde Lorraine (donc après 1453, P- ^5^)-> ^^'^^ connaissait les pièces de Meschinot (1457 ?). Or les trois rondeaux d'Antoine de Cuise qui se rencontrent parmi les poésies de Charles d'Orléans (l'un se retrouve à la p. 81 de l'édition de M. G. Raynaud) se lisent aux p. 518, 519, 520 du ms. fr. 25458, dans les derniers feuillets de ce manuscrit, parmi des ajoutés qui n'ont pas été rubriqués. Ils se rapportent aux thèmes de Fortune, de la mort, de la vieillesse;, qui ont fait l'objet des dernières méditations de Charles d'Orléans.

Je ne sais sur quel témoignage l'abbé de La Rue l'identifie avec Antoine, seigneur de Cuissé, dans le département de l'Orne (Essais historiques sur les Bardes, t. III, p. 326). Mais il y a lieu de remarquer qu'il connaissait le Normand Blosseville et qu'il a déclaré les dames de Paris plus dangereuses que les Normandes (p. 125).

1 . C'est ce qui résulte de la conclusion pratique de la ballade : Je vieurs de seuf auprès de la fontaine :

Quoi ? les gaiges ravoir.

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