Poésies, p
l'image d'un homme mourant de soif auprès d'une fontaine; ce fut vraisemblablement un des derniers débats du recueil poétique de Charles d'Orléans.
C'était là un jeu fort ancien pour dépemdre le désordre d'esprit d'un homme amoureux. Les Troubadours comme les Trouvères en avaient usé'.
Jadis le duc d'Orléans s'était servi de ce procédé. Dans une ballade, antérieure à 145 1, très proche de cette date, il avait dit^ :
Je meurs de soif en cousté h fontaine, Tremblant de froit ou feu des amoureux.
Et Charles faisait un portrait assez exact de lui-même et
de sa destinée :
Je gaigne temps et pers mainte semaine, Je joue et ris quant me sens douloureux. Desplaisance j'ay d'espérance plaine, J'actens boneur en regret angoisseux.
Rien ne me plaist et si suis désireux. Je m'esjois et courre a ma pensée.
En bien et mal par Fortune menée.
Il concluait en joueur :
Sur ung hasart j'asseray quelque année En bien et mal par Fortune menée.
Plus tard Charles d'Orléans avait repris ce thème en le
modifiant 3 ;
Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine.
Bien eschauffé sans le feu amoureux.
Je vois bien clair, ja ne fault qu'on me maine.
Folie et Sens me gouvernent tous deux.
En Nonchaloir resveille someilleux,
C'est de mon fait une chose mêlée :
Ne bien ne mal d'avanture menée.