Juvénal des Ursins, p
Jnsticia li jiuUcium prœparaiio salis Ituv ; il montra l'énormité du cas de la mort de Monseigneur d'Orléans'. Et certes il parla avec éloquence, alléguant l'autorité de saint Augustin, d'Aristote, de Cicéron, les exemples de Gain et d'Abel, de l'empereur Trajan ; il cita saint Cyprien, Ovide, saint Thomas, Boccace, Isaïe, Végèce et Job et n'eut guère de peine à rétorquer les inventions de Jean Petit ; il le fit avec raison et modération. Dans une éloquente péroraison il demandait au roi et aux princes de pleurer la triste fin de celui qui avait travaillé de tout son pouvoir au bien et à la tranquillité du royaume : « N'embrassez pas la cause de la partie adverse ; soutenez plutôt, contre le meurtrier, le parti de la justice... Maintenant encore il veut soutenir son crime les armes à la main. Non, si ce n'est par justice, tant de forfaits ne se peuvent réparer. C'est pourquoi Madame d'Orléans, avec ses fils, vient vous supplier de faire droit à sa requête... Ce faisant vous acquerrez la vie éternelle. Car, comme dit le Sage, au vingt et unième chapitre des Proverbes : Celui qui suit In justice trouvera la vie et la gloire ; ce que je vous souhaite... »
Sur ce chacun déclara que jamais plus grande faute ne fut commise au royaume de France ^ M"' Guillaume Gousinot, notable avocat en parlement, prit les conclusions les plus graves : on les lui fit retirer \ Après délibération, le conseil fit appeler la dame d'Orléans et ses enfants. Le dauphin leur dit que la mort de son oncle d'Orléans lui déplaisait fort et
1. Le Religieux de Saint-Denys nous a conservé le résumé de ce discours (t. IV, p. 93-128). Cf. Monstrelet, t. I, pp. 269-336.
2. Nicolas de Baye, t. I, p. 241 ; Juvénal des Ursins, p. 441 ; Religieux de Saint-Denys, t. IV, pp. 93-129 ; Monstrelet, t. I, pp. 268-336.
3. Le discours de Cousinot est rapporté parle Religieux de Saint-Denys (t. IV, p. 130-136) et par Monstrelet (t. I, pp. 336-347). — Le 27 février 1408, Valentine avait fait régler la pension de Jean Juvénal et de Guillaume Cousinot, jadis conseillers du duc (BibL nat., Pièces ori^., 1593, Jouvenel^ 4),
qu'ils auraient justice; et tous ceux de la fleur de lys promirent de l'aider, se déclarant partie formelle. Il fut même question de mettre des gens d'armes dans Paris ^
Or, pendant ce temps, on apprenait à Paris la nouvelle de la grande victoire que Jean Sans-Peur venait de remporter sur les Liégois. Les opinions étaient diverses ; on commença par garder les portes de la ville et les passages d'Aisne et d'Oise ^ Les Parisiens inquiets avaient tendu les chaînes par leurs rues et allaient en armes 3. Les roberies recommençaient dans les champs et les gens d'église eux-mêmes ne pouvaient aller et venir 4. Bientôt le roi quittait Paris et gagnait, avec la reine Isabeau, Gien, puis Tours 5.
Le 4 décembre 1408 Madame Valentine, duchesse d'Orléans, mourut, à son château de Blois, de courroux et de deuil ^ à l'âge de 38 ans ; Jean Lelièvre, maître ès-arts et en médecine, mandé de Paris, arriva seulement pour la voir mourir \ Est-il vraisemblable qu'il eût réussi à prolonger les jours de cette femme, jeune encore, tombée par suite du chagrin de son cœur dans une inguérissable langueur ^ ? Depuis la fin tragique de son époux elle avait passé tous ses jours dans les larmes, employant sa fortune à trouver des vengeurs ^ ; sa douleur, bientôt légen-
T Juvénal des Ursins, p. 441 ; Arch. nat., K. 56, nos 20-204.