CHAPITRE PREMIER
pour la pompe et la splendeur de leurs services religieux, ainsi que pour leur bienfaisance. Ferdinand le Catholique, qui n’était guère prodigue de son argent, même envers l’Église, dota plus d’un couvent de l’ordre; Charles-Quint fit plus d’honneur encore à celui-ci , en choisissant Yuste pour lieu de retraite, et Philippe II l’éleva au dessus de tous les autres, en installant les hiéronymites dans le palaiscouvent de l’Escurial.
La communauté de Yuste, fondée en 1404, était une des plus anciennes; ce nom, dont certains auteurs ont fait à tort Saint-Just, n’était pas celui d’un saint, mais d’un petit ruisseau sorti des montagnes voisines. Le couvent n’était habité, à l’origine , que par une poignée de moines , exposés aux déprédations et aux insultes de religieux rivaux, établis dans le voisinage; leur supérieur les mit par la suite sous la protection des comtes d’Oropesa , qui* possédaient de vastes domaines dans les environs. Avec le temps, la petite communauté devint assez riche et assez forte pour pouvoir se protéger elle-même; ses terres s’étendirent au loin dans la vega cultivée ; le couvent fut entouré de jardins d’orangers et de vergers; le cloître s’agrandit successivement pour recevoir un nombre toujours croissant de religieux, et, peu de temps avant l’arrivée de l’empereur, on y avait ajouté un grand bâtiment carré, dans le style d’architecture plus élégant qui avait été récemment importé d’Italie.
Aux jours de leur prospérité , les moines de Yuste justifièrent pleinement la réputation de charité acquise par leur ordre. Leurs portes étaient toujours ouvertes au voyageur, leur table était abondamment servie pour les pauvres qui venaient leur demander l’aumône, et les bons frères, auxquels une longue habitude avait donné une habileté qui était
presque de la science , se montraient infatigables pour secourir les malades et les infirmes.
Comment Charles-Quint vint à choisir ce lieu relire au fond de l’Estramadure, on ne le sait pas trop. Il n’est pas prouve qu'il l’eût jamais vu auparavant; mais, comme il résida plus d’une fois aux environs, il est possible qu’il eût fait des excursions dans la belle vega ou que les gens du pays lui en eussent fait une description propre à séduire son imagination. C’était certainement l’endroit qui convenait le mieux pour une retraite. Caché au milieu de sombres forêts de chênes et de châtaigniers qui tapissaient les flancs de la sierra et descendaient jusqu’au pied de la montagne, le couvent de Yuste dominait une vaste plaine cultivée, qui s’étendait, à la distance de plusieurs lieues, vers la ville de Plascncia. Dans les profondeurs de ces solitudes sauvages , le monarque pouvait s'adonner entièrement â une vie de contemplation paisible, sans se priver de tout moyen de communication avec le monde, auquel, ainsi que nous le verrons plus loin, il continuait de prendre un vif intérêt, dans sa solitude.
L’empereur avait demandé à deux des meilleurs architectes de l’Espagne le plan d’un bâtiment, qui devait être ajouté au couvent et où il devait se loger avec le petit nombre de serviteurs qu’il voulait emmener avec lui. Il avait instruit Philippe de ses intentions à ce sujet; plus tard, il l’avait prié de visiter ces lieux en personne et de presser les travaux de construction. Mais il n’était au pouvoir ni de Charles-Quint ni de son fils de changer les lois de la nature et de corriger la lenteur proverbiale de l’Espagnol. Plus de deux années s’étaient écoulées, et, malgré l’extrême simplicité du plan, l’œuvre était loin d’être achevée. Charles,