‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 20 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

avait dans les mains, à l’heure de sa mort, et qui devait plus tard consoler les derniers moments de son époux et de son fils. Les autres cassettes renfermaient, en grande partie, des talismans auxquels la superstition du temps attribuait des vertus merveilleuses pour conjurer les maladies; c’étaient des pierres garnies d’or, pour arrêter les hémorragies ; neuf anneaux anglais, remède contre les crampes; une pierre bleue, richement enchâssée, efficace contre la goutte; quatre bézoards, enfermés dans de l’or, pour guérir de la peste, et d’autres talismans. On peut s’étonner qu’un homme aussi intelligent que Charles-Quint adoptât les superstitions du vulgaire, au point d’ajouter foi à ces fables grossières ; il y croyait cependant, comme le prouve le soin avec lequel il gardait ces amulettes et comme il le montra en envoyant un bézoard à son chambellan. Van Male, qu’il supposait malade de la peste. Il était toutefois moins superstitieux que crédule à cause de son ignorance des propriétés réelles des objets, ignorance qu’il partageait avec ses contemporains les plus instruits, lesquels, dans tout ce qui se rapportait à la physique, tombaient constamment dans des erreurs dont rougirait un écolier de nos jours.

L’empereur avait apporté avec lui à Yuste, pour embellir sa retraite, quelque chose de plus précieux que son argenterie et ses bijoux; c’était une collection, petite mais choisie, de portraits, dont quelques-uns comptent parmi les meilleures productions de l’art. Ces portraits sur toile, sur bois ou sur pierre, la plupart de grandeur naturelle, pendaient, richement encadrés, aux murs de ses appartements. Il yen avait aussi en miniature, dont trois de l’impératrice. Une admirable toile , représentant la Vierge avec l’enfarit Jésus et ornant un autel, était garnie de médaillons en or,

VIE DE CHARLÆ6-0UtNT A YUSTE.

renfermant les portraits des différents membres de la famille impériale.

Mais les perles de cette collection étaient huit tableaux du Titien. Charles était un véritable amateur et un assez bon connaisseur, pour un roi; il appréciait parfaitement le mérite de l’illustre artiste vénitien, qu’il appela souvent à sa cour et au génie duquel il se plaisait à rendre hommage. Un jour, dit-on, il ramassa un pinceau que le Titien avait laissé tomber, et le lui rendit en disant * qu’un si grand peintre devait être servi par un empereur. » Celte anecdote s’accorde trop bien avec d’autres faits attestés de la vie de Charles- Quint, pour qu’on la juge invraisemblable. Quoi qu’il eu soit, l’empereur montra combien il estimait le célèbre artiste, en lui conférant les honneurs de la chevalerie et en lui allouant une pension annuelle de deux cents couronnes d’or sur les revenus du royaume de Naples; malgré son avarice bien connue, il ne lui donnait pas moins de huit cents couronnes pour chaque toile. Il y avait, à Yusle, plusieurs portraits du monarque faits par ce maître, et, entre autres, un de grandeur naturelle, où il était représenté armé de pied-en-cap. L’empereur se fit peindre plusieurs fois par le Vénitien, dont il voulait que le pinceau fit passer ses traits à la postérité. Ses vœux furent accomplis. Quelques-uns de ces tableaux sont rangés parmi les chefs-d’œuvre de l’école italienne, et Charles-Quint vit immortel sur les toiles du Titien comme dans les pages de l’histoire.

La collection renfermait encore plusieurs portraits de l’impératrice par le même artiste, de Philippe et des autres membres de la famille royale; mais le tableau le plus remarquable était celui qui porte le nom de « Gloria » et où l’empereur, qui l’avait commandé peu d’années auparavant,

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