‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 24 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

riano, trois cent cinquante ; Van Male et les autres chambellans de première classe, trois cents chacun. La somme totale dépassait quelque peu dix mille florins

Charles-Quint avait calculé que ses dépenses s’élèveraient annuellement à environ seize mille ducats d’or; il trouva toutefois qu’il lui en fallait vingt mille, et ordonna au secrétaire Vazquez de lui remettre cette somme, en quatre versements de cinq mille ducats chacun. Gaztelu remontra à celui-ci combien il était important d’être exact h faire les envois, car « l’empereur, » disait-il, « est de tous les hommes celui qui tient le plus à être servi avec ponctualité, et la moindre négligence le contrarie au plus haut point. » On aurait cru que le souverain de l’Espagne et des Indes devait être depuis longtemps habitué à ces sujets de contrariété.

Le monarque s’était réservé le produit de certains impôts, appelés los seis y onze al millar, et un droit dans les mines d’argent de Guadalcanal. Ces mines, situées dans le midi de la péninsule, non loin de Cordoue, avaient une valeur chaque jour plus considérable ; ce ne fut toutefois que quelques années plus tard , lorsqu’elles furent affermées aux Fugger, d’Augsbourg, qu’on en reconnut pleinement la richesse. Outre ces sources de revenu, Charles avait déposé une somme de trente mille ducats -d’or dans la forteresse de Simancas. Plus d’une fois, sa fille Jeanne, dans ses embarras

' Le florin flamand, d’après Mignet ( Ckarles-Quiut , p. 227) , renfermait une somme d’argent équivalente à celle de fr. 6.97 de nos jours. Mais l’argent a subi une dépréciation depuis le xvi' siècle. En prenant trois pour le multiple indiquant cette dépréciation, on trouve que le florin valait environ 21 francs de notre monnaie. Il est toutefois si difficile d’estimer exactement la valeur relative de l’argent aux différentes époques, que l’on doit accueillir avec défiance toutes les conclusions auxquelles on arrive.

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d’argent, chercha à lui faire des emprunts garantis par l’État; mais son père, qui savait par expérience que le papier dti gouvernement ne valait pas il beaucoup près de l’or, resta sourd aux supplications de la régente et ne permit pas que l’on touchât à son trésor, qui resta intacttant qu’il vécut.

Charles vivait à Yuste d’une manière aussi régulière qu’on le fait dans un couvent ; il se levait de bonne heure et déjeunait immédiatement. Son estomac, on peut le dire, avait horreur du vide, même pour quelques instants. Aussitôt que sa porte était ouverte, son confesseur, le père Jean de Régla, apparaissait. L’histoire de cet homme fournit, entre mille autres, un exemple de la sage politique avec laquelle l’Eglise romaine ouvre une carrière au mérite et au talent, quelque part qu’ils se découvrent, au lieu de réserver ses faveurs à la naissance. Régla était le fils d’un pauvre paysan aragonais; tout jeune, il vint à Saragosse, où il vécut pendant quelque temps de charités, principalement des aumônes qu’il mendiait h la porte du couvent de Santa-Engracia; il faisait aussi des commissions et s’achetait des livres avéc l’argent qu’il gagnait. Les moines lui donnèrent un peu d’instruction et le recommandèrent à un riche bourgeois, qui le chargea de surveiller l’éducation de ses fils placés à l’université de Salamanque. Régla, parait-il, eut tous les moyens de s’instruire dans cette école célèbre ; il profita de l’occasion, apprit les langues anciennes, surtout le grec et l’hébreu; mais il se livrait avec plus d’ardeur encore à l’étude du droit canon, parce qu’il voulait se consacrer à l’Eglise. À l’âge de trente-six ans, il entra dans l'ordre de Saint-Jérôme et fit profession dans le vieux couvent de Santa-Engracia, qu’il connaissait si bien. Il se fit remarquer par sa stricte obéissance à la discipline monastique; bien

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