‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 30 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

politesse, en invitant l’un ou l’autre d’entre eux à dîner avec lui. Les hiéronymites ne tardèrent pas à reconnaître que, malgré sa récente profession, frère Charles n était pas un meilleur moine qu’à son arrivée à Yuste; leur prieur étant venu à mourir, ils prièrent l’empereur de demander pour eux au général de la société la permission d’en élire un nouveau. Le monarque leur répondit de mauvaise humeur « qu’il ne voulait avoir la tête rompue ni de leurs affaires ni de celles de leur ordre. »

Pendant les premiers mois et même pendant la plus grande partie de la première année de son séjour au couvent, la santé du monarque s’était visiblement améliorée, grâce peut-être au changement d’air et d’occupations; c’est, du moins, l’opinion de l’historien hiéronymite ; d’après lui, « la température égale de Yuste, où l’empereur aspirait les parfums délicieux qui s’exhalaient des bosquets et des jardins, et où surtout il goûta, loin de l’agitation fébrile du monde, le calme parfait d’une sainte vie, ramena une douce sérénité dans son âme et rendit une vigueur nouvelle à sa constitution. » A quelque cause qu’il faille attribuer l'heureux changement qui s’était produit chez Charles, il faisait le sujet de fréquentes observations parmi ses serviteurs : « L’empereur, » écrivait, eu juin, Gaztelu au secrétaire Vazquez, « se porte si bien que vous auriez peine à le reconnaître. » Au mois d’août suivant, Quixada, dans une lettre au même Vazquez, signale « l’excellent étal de santé de son maître, qui mange bien , dort bien, et, sauf la goutte dont il souffre de temps à autre dans les doigts et les épaules, ne peut se plaindre de rien. Il jouit de sa tranquillité présente et ne voudrait pas échanger sa vie contre une autre; il est, en un mot, l’homme le plus heureux du monde. »

VIE DE CHARI.ES-ftUINT A YIISTE.

Le contentement du monarque n’était guère partagé par ses serviteurs; le majordome, en particulier, exhala plus d’une fois sa mauvaise humeur dans ses lettres à Vazquez , où il montrait une vivacité pleine de franchise. « Si sa majesté, » disait Quixada , « recherche la solitude, il l’a trouvée, je le jure... C’est la vie la plus triste , la plus misérable, que j’aie jamais passée; bonne uniquement pour ceux qui veulent renoncer au monde et se faire moines ; je ne suis pas du nombre. Mais, Dieu aidant, avant peu je changerai cela. »

Quelque temps après, le majordome obtint un congé de l’empereur, avec la permission d’aller revoir sa famille à Villagarcia. Comblé de joie, il écrivit aussitôt à Vazquez : « Je ne me bâterai pas de revenir, soyez-en certain , pour manger des truffes et des asperges dans l’Eslramadure ! » Mais il ne devait pas vivre séparé de son maître; celui-ci avait chargé un des moines, pendant son absence, de le remplacer dans ses fonctions d’intendant; mais le bon père, ignorant des choses de ce monde , se montra si incapable que Charles fit envoyer une dépêche à son ancien serviteur, pour lui ordonner de retourner immédiatement. « Je crois, » écrivait Gazlelu, avec un air de grande satisfaction, « que sa majesté est parfaitement convaincue maintenant que les moines ne sont bons à rien. » Quixada fut invité à amener sa famille avec lui et à s’établir d'une manière permanente à Cuacos.

L’idée de conduire sa famille à Yuste pour 3’v fixer tourmenta cruellement le majordome; sa fidélité était mise à une rude épreuve, mais à la fin l’attachement qu’il portait à son maître eut le dessus, et il se prépara à obéir, quoique d’assez mauvaise grâce probablement. A son retour, il prit son

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