CHAPITRE PREMIER
avait ordonné d’envoyer sis chapelains dans cette ville, au-devant de lui ; ils auraient été surtout utiles, dans cette circonstance. II comptait également trouver une forte somme d’argent pour payer l’équipage et couvrir les dépenses du voyage. Tout manquait; les seules personnes qui l’attendaient étaient un alcade , nommé Durango , avec une escouade d’alguazils, et l’évêque de Salamanque; sans les efforts et l'activité du bon prélat , les nouveaux arrivants se seraient difficilement procuré des moyens de subsistance.
Charles se plaignit hautement de cette apparente négligence et ne dissimula pas son indignation dans les lettres qui furent envoyées, par ses ordres, à Valladolid, où sa fille, la régente Jeanne, tenait sa cour. On a beaucoup reproché à Philippe cette ingratitude envers un père qui venait de lui donner tout ce qu’il possédait, mais c’est, paraît-il, à tort. Le 14 mai, le roi avait écrit à sa sœur pour lui annoncer le prochain retour del’empereur en Espagne et lui recommander de préparer tout pour le recevoir. II avait répété ces recommandations dans une seconde lettre, en date du 26 août; il avait été précis dans ses instructions, au sujet des six chapelains et de l’argent; il voulait que son père fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang et traité le mieux possible. Il était revenu une troisième fois sur ce sujet, dans une lettre écrite le 8 septembre, peu de jours avant le départ de Charles. Philippe, à la distance où il se trouvait, ne pouvait faire plus.
Jeanne, à la réception de ces dépêches, s’empressa d’y obéir, mais, chez un peuple dont la lenteur est bien connue, il était plus facile de donner des ordres que de les faire exécuter. Cependant on peut avec raison rejeter en partie
la faute sur l’empereur lui-même, qui, s’il était venu plus tôt, aurait peut-être trouvé les choses dans un meilleur état; mais il avait si souvent ajourné son départ, que ses sujets n’étaient plus sûrs de rien; lorsqu’il arriva enfin, ils furent pris h l’improvisle.
En apprenant par la lettre qu’il lui fit envoyer, l’arrivée de son père, la régente fit offrir des actions de grâces dans les églises et dépêcha en même temps un courrier au majordome de l’empereur, don Louis Quixada, qui habitait en ce moment scs terres, aux environs de Valladolid; elle lui ordonnait de se rendre en toute hâte h Larcdo et de prendre, chemin faisant, les arrangements nécessaires pour le voyage de son maître jusqu’à la capitale. Il devait surtout s’assurer si celui-ci désirait être reçu à la cour, avec les honneurs dus à son rang ou o« simple particulier. Comme ce personnage doit occuper une des premières places dans la suite de ce récit, il convient de donner ici quelques détails sur lui.
Louis Mendez Quixada appartenait à une famille ancienne et honorable; mais, ayant un frère aîné, le nom qu’il portait fut la meilleure partie de son héritage. Il entra d’abord à la cour, en qualité de page de l’empereur; il s’engagea plus tard dans l’armée, fut nommé capitaine d’infanterie et s’éleva avec le temps au grade de colonel. Il suivit Charles-Quint dans ses guerres et se signala, en plusieurs occasions, par sa bravoure; rigide observateur de la forme, il se fil remarquer par la discipline sévère qui régnait dans les troupes placées sous ses ordres. L’empereur, dont on connaît le coup d’œil perçant, rendait pleine justice aux excellentes qualités de ce seigneur, et surtout à sa fidélité, à son dévouement. Quixada devint l’un des trois majordomes de la maison impériale et vit ainsi fréquemment de près l’empereur, qui bientôt