‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 41 sur 63 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l’illustre monarque qui était venu se fixer dans leur voisinage ; ils volaient les bêles de ses troupeaux , lorsqu’elles s’écartaient de leurs pâturages; ils pêchaient les truites réservées pour sa table. Ils dévastaient ses vergers, battaient ses serviteurs, et, en un mot, lui faisaient essuyer toute espèce de vexations dont il n’avait pas d’idée avant d’être descendu du rang suprême. Cela était d’autant plus désagréable à l’empereur, qu’il s’était montré particulièrement généreux envers les habitants de Cuacos, depuis le jour où il était venu demeurer parmi eux. Charles avait pris à Yuste l’habitude de consacrer une partie de ses revenus à des actes de charité; il faisait distribuer par son aumônier de grosses sommes aux indigents des environs , lirait les débiteurs de prison et dotait les jeunes filles. Cuacos, où logeait une grande partie de la suite du monarque, s’était surtout ressenti des libéralités de celui-ci, qui eut mille occasions de faire le bien, dès la première année de son séjour au couvent. Pendant l’été , la récolte manqua si complètement, qu’une foule de personnes moururent de faim, et les paysans de la Vera se trouvèrent dans un si grand dénuement qu’ils dépouillèrent en chemin les mules qui apportaient des provisions à Yuste pour l’empereur.

A la demande de Charles, le gouvernement avait chargé un magistrat de juger les affaires dans lesquelles celui-ci était partie; plusieurs individus furent arrêtés, mais, grâce à l’intervention de leur ancien souverain , ils ne furent condamnés qu’à une légère peine. Un acte plus grave fut commis dans le palais même de Yuste ; huit cents ducats disparurent de la caisse de l’empereur. Le voleur devait être un des serviteurs de Charles, et le juge conseillait, pour le découvrir, l’emploi de la torture, le moyen réputé le plus

efficace, à celle époque, pour reconnaître les coupables. Le monarque repoussa celte proposition et fil arrêter les poursuites, en faisant sagement observer « qu’il y avait des cas où il était tout aussi bon de ne pas connaître la vérité. »

Le 11 juin, mourut Jean 111 de Portugal. Ce roi avait épousé la sœur cadette de l’empereur, Catherine, il qui il confia, par son testament, la régence du royaume et la tutelle de son petit-fils, l'héritier présomptif de la couronne, don Sébastien, prince qui, par ses aventures donquichottesques et sa mort mystérieuse, a introduit le roman dans l’histoire de son pays. Sébastien était également le petit-fils de Charles-Quint, étant l’unique enfant né du mariage de la régente Jeanne avec le prince de Portugal, union de si peu de durée. Jeanne se sentit lésée par le testament de son beaupère, car elle avait plus de droits que Catherine à la régence et à la tutelle; elle envoya don Fadriquc Ilenriquez de Guzman avec des lettres de protestation pour la reine régente et pour quelques-uns des principaux seigneurs. L’envoyé s’arrêta il Yuslc pour instruire l’empereur de l’objet de sa mission. Charles vit tout d'abord le mal que ferait l’intervention de sa fille dans celte affaire délicate; sans hésiter, il s’empara des dépêches et y substitua d’autres, adressées à sa sœur Catherine; il déplorait le malheur qui venait de la frapper et lui offrait les consolations d’un frère dévoué. En même temps, il écrivit à Jeanne pour lui apprendre ce qu’il avait fait et la réprimander doucement d’avoir projeté une démarche qui pouvait amener une mésintelligence sérieuse entre les cours d’Espagne et de Portugal; il terminait celle paternelle mercuriale en lui rappelant combien il importait pour les membres d’une même famille de vivre amicalement ensemble. Le parti pris si promptement par le

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