‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 10 sur 68 · ÉDUCATION DE COPERNIC · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE COPERNIC

son droit chemin. 11 ne serait pas plus difficile de faire les mômes observations dans la vie de tout homme qui s’est acquis une réputation légitime et durable, fondée sur le progrès et la reconnaissance de l’humanité. Nous verrions Christophe Colomb, Pierre ftamus, Bernard Palissy, Conrad Gessner,. Sixte-Quint, Shakespeare, Ambroise Paré, Dupuylren, Vauquelin, d’Alembert, Sir Humphry Davv, Faraday, Francklin, Voltaire, Rousseau, Molière, et bien d’autres, sortis d'une condition médiocre, et, par une judicieuse direction de leur intelligence, par un bon emploi du temps, avoir servi plus que tous les millionnaires du globe à accroître le bien-être de l’humanité et à l’élever dans sa destinée spirituelle. *

Je viens de parler des millionnaires : avoir un million de renies n’est pas un mal en soi, quoiqu’un- capital de vingt millions, ou meme seulement sa rente, paraisse bien difficile à porter. La valeur de cette situation sociale dépend de l’emploi qu’on en fait. * En général elle est perdue pour le progrès intellectuel de la société, parce que les hommes d’esprit sont rares, aussi' bien dans les plus hauts rangs de la finance que dans les rangs de la bourgeoisie ordinaire et du peuple; c’est pourquoi les millions en question sont souvent employés d’une manière absurde, et au grand détriment de la société, où il y a encore aujourd’hui tant de misère physique et morale. Si l’on compare à l’utilité de ces gigantesques fortunes Futilité des savants laborieux, on constate l'immense supériorité de ceux-ci. Voilà les vé/ilables bienfaiteurs de l'humanité,

38 l. 'ÉDUCATION ET L’INSTRUCTION.

les véritables princes, les véritables rois du monde ! Ils nous ont élevés au dessus de l’animalité, ils ont porté la force intellectuelle au dessus de la force brutale, ils ont fait dominer l’esprit Sur la matière, tandis que les guerriers ont trop souvent fondé leur puissance sur les batailles, sur la force matérielle, sur le sang des hommes. L’humanité, encore enfant, est encore ingrate, et célèbre ces faux grands hommes tandis qu’elle se rappelle à peine les noms de ses bienfaiteurs, qui lui ont donné tout ce qu’elle possède aujourd’hui. Mais elle commence à se rendre compte de ses véritables intérêts, et déjà se sent mieux disposée à écouter la vie des savants célèbres que celle des conquérants et des courtisans.

En lisant la vie de ces hommes éminents, nous remarquons que non-seulement ils ont servi au bonheur des autres, mais encore qu’ils ont su en général se rendre, heureux eux-mêmes par l’organisation^e leur existence, l'ïancklin, (ils d’un teinturier de Boston, né dans l’indigence et l’obscurité,' et qui devint membre de tous les corps savants d’Europe et fonda avec Washington l’indépendance de l’Amérique,. gagna sa fortune et sa gloire en suivant des préceptes qu'il s’était imposés lui-même. 11 s'était fait un petit cahier, dont chaque page portait ces préceptes : Tempérance — silence — ordre — résolution — frugalité — industrie — probité — justice — modération — propreté — tranquillité — chasteté — humilité. Cette classification des règles d'une morale véritablement usuelle, ne recom-

Page 1