SAVOIR ET SIMPLICITE
insignifiante qu’elle soit, de faire sentir leur grandeur et leur condescendance. Tel est comme type l’exemple qui nous est rapporté par Smiles, dans son livre de l’éducation de soi-même : Abernelhy se portant comme candidat pour la place de chirurgien à l’hôpital de Saint- Barthélemy, alla voir un personnage de cette espèce, riche épicier et l’un des administrateurs de l’hôpital. Le grand homme, — nous parlons de l'épicier, — en voyant entrer chez lui le chirurgien, prit un air important, pour recevoir celui qui, pensait-il, venait briguer son suffrage. « Je présume, Monsieur, » lui dit-il, « qu’à cette époque critique de votre vie, vous avez besoin de mon vote et de mon influence. » Abernelhy qui ne pouvait souffrir les faiseurs d’embarras, et qui se sentit exaspéré en s’entendant interpeller de la sorte, s'écria • « Non, pas du tout,- je ne veux que pour deux sous de figues ; allons, vite, enveloppez- moi ça au galop, je suis pressé. »
Les vrais grands hommes, au contraire, sont simples, et dans toutes les conditions, les hommes de vrai mérite se font remarquer par leur simplicité presque enfantine. On n'est pas cependant pour cela brusque et grossier, car sans être outrecuidant comme l’épicier qui précède, on peut avoir des formes de conversations spirituelles et distinguées. L'homme instruit parle peu, mais parle utilement ou agréablement. D'ailleurs, la politesse innée qui prend sa source dans la droiture du cœur et dans la bienveillance des sentiments, n’est l'apanage exclusif d’aucune classe, d'aucune position sociale. L’ouvrier qui travaille à l’établi, peut en être