‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 38 sur 68 · PTOLÉMÉE · texte numérisé non relu

PTOLÉMÉE

nous paraissent tomber en bas , parce que tout ce qui est au-dessous de nos pieds dans la direction du centre de la Terre nous l’appelons le bas ; ces corps se tasseront sans doute autour de ce centre par l'effet opposé de leur choc et de leur frottement. On comprend donc que toute la masse de la Terre, si grande comparativement aux corps qui tombent sur elle, puisse les recevoir, sans que ni leur poids ni leur vitesse ne lui communiquent la moindre oscillation. Or, si la Terre avait un mouvement commun avec tous les autres corps pesants, évidemment elle ne tarderait pas à les dépasser par l’effet de sa masse, laisserait les animaux ainsi que les corps graves sans autre appui que l'air, et finirait bientôt par tomber hors du ciel même. Telles sont les conséquences auxquelles on arriverait : elles sont du dernier ridicule , môme à imaginer (1). »

Après avoir démoli, d’un air assez dédaigneux, l’hypothèse du mouvement annuel ou de translation, lHolémée s’attaque au mouvement diurne ou de rotation. 11 croit le réfuter victorieusement en ces termes : « 11 y a des gens qui, tout en se rendant à ces raisons, parce qu’ils n’onl aucun argument à faire valoir contre, prétenden t que rien n’empêche de su pposer ensui te que , leciel demeurant immobile, la Terre tourne aulourdeson axe d’occident en orient, et qu’elle accomplit celle rotation chaque jour... Il est vrai que quant aux astres rien n’empêche, en ^ne tenant compte que des apparences, de supposer, pour plus de simplicité , qu’il en

t. Ptolémée, Almageslc, Liv. I, ch. v. — Voy. Hœfcr, art. Kopernik do la Nouvelle Biographie générale de Didot.

soit ainsi. Mais ces gens-là ne sentent pas combien, sous le rapport de ce qui se passe autour de nous et dans l’air, leur opinion est souverainement ridicule ; car si nous accordions, ce qui n’est pas, que les corps les plus légers ne se meuvent point, ou ne se meuvent pas autrement que les corps de nature contraire, tandis qu’évidemment les corps aériens se meuvent avec plus de vitesse que les corps terrestres ; si nous leur accordions que les objets les plus denseS et les plus lourds ont un mouvement propre, rapide et constant, tandis qu’en réalité ils n’obéissent qu’avec peine aux impulsions communiquées, ces gens seraient obligés d’avouer que la Terre, par sa rotation, aurait un mouvement plus rapide qu’aucun de ceux qui ont lieu autour d’elle, puisqu’elle ferait un si grand circuit en si peu de temps. Les corps qui ne seraient pas appuyés- sur elle paraîtraient donc toujours avoir un mouvement contraire au sien, et aucun nuage, ni rien de ce qui vole ou est lancé, ne paraîtrait se diriger vers l’Orient, car la Terre le précéderait toujours dans cette direction (1).

C’est là, au surplus, la grande objection que l’on adressa jusqu’au temps de Galilée à l'admission du mouvement de la Terre. On ne savait pas que le globe terrestre, semblable à un aimant puissant, retient autour de soi tout ce qui est dans son voisinage, et que c’est précisément la loi d’attraction en raison des masses qui régit le monde. L’eau, l’air, les nuages, tout

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