‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 51 sur 68 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

CE QUI APPARTIENT A COPERNIC, DANS L’ÉTABLISSEMENT DU VÉRITABLE SYSTÈME DU MONDE.

Travaux personnels de l'astronome polonais. — Observations et recherches. — Preuves du mouvement de la Terre. — Reconstitution de l’astronomie. — Légitime reconnaissance de la postérité.

Non content d’admettre simplement L’idée du mouvement de la Terre comme une simple hypothèse arbitraire, ce que plusieurs astronomes avaient fait avant lui, il voulut, et c’est là sa gloire, -se la démontrer à lui-même, en acquit la conviction par l’étude, et écrivit son livre pour la prouver. Le véritable prophète d’une croyance, l’apùlre d’une doctrine, l’auteur d’une théorie, est l’homme qui par ses travaux démontre cette théorie, fait partager cette croyance, répand cette doctrine. On n’en est pas le créateur. Rien n’est nouveau sous le soleil, dit un ancien proverbe. On peut plutôt dire : Rien de ce qui réussit n’est entièrement nouveau. Le nouveau-né est informe, incapable. Les plus grandes choses naissent à l’état de germe, pour

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ainsi dire, et croissent inaperçues. Plus tard on les remarque, mais elles n’existent pas encore en réalité. Les idées se fécondent les unes par les autres ; les sciences s’entr’aident ; le progrès marche. Bien des hommes sentent une vérité, sympathisent avec une opinion, touchent une découverte sans le savoir. Le jour arrive où un esprit synthétique sent en quelque sorte s’incarner dans son cerveau une idée presque mûre ; il se passionne pour elle, il la caresse, il la contemple ; elle grandit à mesure qu’il la regarde ; il voit se grouper autour d’elle une multitude d’éléments qui viennent la soutenir. En lui, cette idée devient une doctrine. Alors, comme les apôtres de la Bonne Nouvelle, il devient évangéliste, annonce la vérité, la démontre par ses œuvres, et tous reconnaissent en lui l’auteur du nouveau système, quoique tous sachent parfaitement qu’il n’a pas inventé l’idée, et que bien d’autres avant lui ont pu en pressentir la grandeur.

Non-seulement celui qui par ses travaux a fait sienne une doctrine scientifique, philosophique ou religieuse, ne peut songer un seul instant à sa personne, à sa gloire, en déclarant sa paternité et en énonçant ses travaux spéciaux (la précaution serait absolument inutile) ; mais encore il est naturel qu’il cherche au contraire à mettre en évidence tous ceux qui ont été ses précurseurs, à déterrer jusqu’aux arguments ensevelis depuis des siècles sous l’indifférence publique. Par de tels procédés, l'auteur s’honore lui-même et consolide son œuvre.

Telle est la situation de Copernic dans l’histoire de

l’cbeuyre de copernic.

l'astronomie. On avait émis l’hypothèse du mouvement de la Terre longtemps avant qu’il ne songeât à naître sur cette planète. Cette théorie comptait des partisans à son époque. Mais lui, il en a fait son œuvre. Il l’a examinée avec la patience d’un astronome, la rigueur d’un mathématicien, la sincérité d’un sage, l’esprit d’un philosophe. 11 l’a démontrée par son livre. Puis il mourut sans la voir généralement partager, et ce n’est presque que cent ans après sa mort que l’astronomie l’adopta et la métamorphosa sous son influence. Cependant Copernic est vraiment l’auteur du véritable système du monde, et son nom restera respecté jusqu’à la fin des siècles.

C’est dans les premières années de son retour en Pologne qu’il paraît avoir arrêté ses idées sur le système du monde et composé son célèbre ouvrage sur les révolutions des corps célestes ; il le garda inédit pendant près de trente ans. Quoiqu’il le perfectionnât sans cesse et qu’il eut une peine extrême à se satisfaire lui-même, on s’expliquerait difficilement un si long retard, si l’on, ne savait quelles appréhensions pouvaient le retenir, et combien de difficultés la publication de ses idées lui eut sans doute attirées.

L’Almagesle de Ptolémée était la règle universelle des opinions docilement reçues et transmises, comme évidentes et indubitables, d’une génération à l’autre. Copernic, refusant de déférer à cette autorité, osa le premier s’alfranchir du joug; la complication des mouvements admis par les écoles ne satisfaisait pas son esprit, cette architecture bizarre le scandalisait ; elle

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ne pouvait convenir selon lui à un édifice aussi majestueux et remplir la haute idée de perfection qui s’y rattache.

Pénétré de cette pensée, et sans se soucier des opinions reçues, il chercha la vérité avec aulant d'ardeur que d’indépendance et de raison. Voulant d’abord, suivant l’ usage, trouver un point d’appui chez les anciens, il commença par relire soigneusement les écrits * des philosophes pour se familiariser avec leurs doctrines et savoir ce qu’ils ont pensé sur ce grand et éternel sujet de méditation, ne craignant pas de traverser bien des nuages pour découvrir quelquesrayons.

Dans ce siècle de fausse science et d’érudition sans lumières, les intelligences enchaînées par de vaines subtilités n’apprenaient pas à raisonner, mais à croire; les plus doctes passaient pour les plus habiles, et les anciens n’avaient plus que des commentateurs. Copernic se fit leur disciple ; cherchant des idées et non des autorités, il osa les aborder avec un esprit d’examen que les écoles ne connaissaient plus, pour adopter et perfectionner ce qu’il trouverait près d’eux de meilleur et de vrai. Avec de l’imagination et un jugement' droit, il aurait pu certainement trouver, sans aucun secours, l’idée hardie qui a fait sa gloire, mais quand il déclare formellement le contraire, pourquoi, dironsnous avec un juge compétent, pourquoi récuserait-on on témoignage (1)?

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