‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 59 sur 68 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Tycho-Brahé, — Mæstlin, — Galilée, — Kepler, — Newton. — (infirmation constante du système, et progrès de l’astronomie moderne.

Le vénérable rénovateur dm système du monde, en quittant la Terre au moment où il venait de démontrer son mouvement, laissait après lui une glorieuse mais lourde tâche à soutenir. Tenue pour absurde depuis Ptolémée, la théorie du mouvement de la Terre ne pouvait être prise rapidement au sérieux, et le suffrage universel devait continuer de la déclarer ridicule et inadmissible. Quelques rares esprits, penseurs et libres, pouvaient seuls se donner le temps de l’étudier sérieusement, de la comprendre, et de s’en déclarer les partisans.

D'après ce que nous dit Copernic lui-même, les hommes qu’il compta de son vivant comme les premiers partisans de la nouvelle théorie furent: un cardinal de ses amis, Nicolas Schonberg de Capoue ; un évêque de

ses amis aussi : Tidemann Gisius, de Culm ; son disciple et collègue Joachim Rheticus ; le professeur Shoner, de Nuremberg ; le mathématicien Achille Gassarus, et le médecin Vogelinus. Il ne semble pas que d’aulres hommes connus aient compris la grandeur et l'importance de sa découverte, et il mourut sans savoir si elle serait adoptée, remplacerait la théorie de Ptolémée, et porterait « le système de Copernic » jusqu'à notre dixneuvième siècle, — époque lointaine à laquelle on supposait en général que la fin du monde serait arrivée, — et jusqu’à la postérité la plus reculée, car le nom de Copernic est désormais indestructible.

Le dernier concile œcuménique dans lequel l’Église ait établi des articles de foi fondamentaux, le fameux concile de Trente, s’ouvrit deux ans après la mort de Copernic et la publication de son livre, le 13 décembre 1545, et se termina dans l'ancienne opinion de l’immobilité de la Terre au centre du monde, pour laquelle l’humanité terrestre était considérée comme le centre et le but de la création universelle. Les croyances catholiques n’ont pas sensiblement changé depuis.

Tycho-Brahé, l’un des plus grands observateurs qui aient existé, et qui est aussi grand dans l’observation que Copernic l’est dans la théorie, naquit trois ans après la mort de Copernic, le 1 3 décembre 1 546, et vécut jusqu’en 1601.11 reçut du roi Frédéric II l’île d’Huen, située dans le détroit du Sund, entre Elseneur et Copenhague, pour y installer un établissement purement astronomique et une colonie d'astronomes. Il y bâtit en effet la ville et le château-observatoire d’Uranibourg (cité

d’Uranie). Ses observations et celles de ses trente collaborateurs furent la base sur laquelle Kepler édifia les lois qui régissent le système du monde. Malheureusement pour la mémoire de Tycho-Hrahé, il se laissa entraîner par des scrupules religieux à n’admettre le système de Copernic que corrigé. 11 supposa comme Copernic, les planètes situées autour du Soleil, mais il garda l’immobilité de la Terre, et fit tourner autour d’elle le Soleil accompagné de son système. Une telle combinaison était mécaniquement impossible, et ce * retard à l’établissement du véritable système du monde ne fut que de peu de durée.

On voit dans les travaux astronomiques de Tycho- Brahé qu’il avait trouvé le Soleil 140 fois plus gros que la Terre. Selon lui, le diamètre de la Lune était à celui de la Terre comme deux est à sept. C’està-dire que la Lune était 42 fois plus petite que notre globe. Dans cette seconde moitié du xvi* siècle, on croyait aussi que Mercure était 19 fois plus petit que la Tçrre, — Vénus, 6 fois plus petite, — Mars, 13 fois plus petit, — Jupiter, 14 fois plus grand, — et Saturne 22 fois plus grand (Tycho, Progymnasmata, I, p. 294).

On voit qu'on était encore bien loin de la réalité. Tycho avait aussi calculé la distance de la sphère des étoiles fixes. Selon lui, la distance de Saturne aurait été de 12,300 demi-diamètres de la Terre, et la sphère des fixes aurait été un peu au-delà : à la distance de 14,000 de ces demi-diamètres. Que l’on était loin encore de la conception des vraies grandeurs astronomiques ! Les étoiles étaient supposées à 21 millions de lieues seule-

ment: c’est à peine la distance de la planète Mars ; tandis que l'étoile la plus rapprochée de nous est à quatre cent mille fois plus loin, et plane à huit mille millions de lieues d’ici.

Le système de Copernic, apprécié mais combattu par Tycho-Brahé, fut remarqué aussi par l’astronome Maestlin, du Wurtemberg, né vers 1520, mort en 1590, et dont la plus grande gloire est d’avoir été le précepteur de Kepler.

Michel Maestlin était professeur de mathématiques à Tubingue. 11 partageait les erreurs des anciens, et publia même un abrégé de l’astronomie, dans lequel il soutient l’immobilité delà Terre. Mais, au déclin de ses jours, après avoir examiné l’interprétation de Copernic, il en devint le plus chaleureux et le plus persévérant partisan. Il le manifestait hautement dans ses cours, dans ses conversations, dans scs correspondances. Son désir le plus ardent était celui de trouver un disciple qui eût pu continuer l’œuvre de Copernic. Ses vœux à cet égard furent exaucés. Il eut le bonheur d’attirer à la nouvelle théorie les deux hommes les plus éminents de leur époque, Kepler et Galilée, le premier par ses cours, le second par ses conversations.

Kepler, fatigué par les obstacles et les contradictions qu’il rencontrait à chaque pas dans l’étude de l’ancien système astronomique, saisit avec empressement l’exposition qui le frappait par sa simplicité, qui répondait à ses sentiments, et qui ouvrait un vaste champ aux investigations nouvelles. Galilée, entraîné par la chaleur avec laquelle Maestlin défendait les hypothèses de Co-

pernic, examina sa doctrine et embrassa la théorie qui fut cause de ses malheurs et de sa gloire. Ainsi, grâce aux efforts du vénérable Maestlin, les deux plus grands génies de l’Allemagne et de l’Italie donnèrent un nouvel éclat aux travaux de l’astronome polonais.

Galilée, né le 19 février 1564, vingt et un ans après la mort de Copernic, fut le premier astronome qui se déclarât hautement en faveur du nouveau système. Il encourut la responsabilité de l’enseigner par écrit, alors que, comme professeur, il enseignait officiellement de vive voix l’ancien système. Très jeune encore, déjà passionné pour la divine science du Ciel, il lut le livre de Copernic et s'entretint avec quelques penseurs de la vraisemblance du nouveau système. Déjà célèbre à vingt-cinq ans, professeur d’astronomie à Pise, puis à Padoue, il ne négligeait rien, au milieu de ses succès dans le monde, pour faire partager ses sympathies. Une lettre à Kepler, datée du 6 août 1597, montre ses opinions très-arrêtées. Après avoir reçu le Prodrome , dans lequel sont réunis les plus forts arguments qui aient été donnés en faveur de Copernic, il lui écrit: « Je lirai votre livre d’autant plus volontiers, que depuis longtemps déjà je suis partisan de Copernic. J’ai trouvé dans ses idées l’explication d’un grand nombre d’effets naturels qui autrement seraient inexplicables. J’ai écrit tout cela, mais je me garde de le publier ; le sort de Copernic m’effraye, je l’avoue : il était digne d'une gloire immortelle, et on l’a mis au nombre des insensés. Je serais plus hardi s’il y avait beaucoup d’hommes

tels que vous ». Toujours pressé du désir de propager la vraie doctrine, Kepler répondit : « Ayez confiance, Galilée; peu de mathématiciens, j’en ai la certitude, refuseront de marcher avec nous. Si l’Italie met obstacle à vos publications, l’Allemagne peut-être, vous offrira plus de liberté, et si vous ne voulez rien publier, communiquez-moi au moins particulièrement ce que vous aurez trouvé de favorable à Copernic. »

C’est surtout pendant les années 1 61 ô et 1611 que Galilée, confirmant par des observations nouvelles la théorie de- Copernic, s’en fit en quelque sorte le représentant. En dirigeant sur la Lune les lunettes qui venaient d’être inventées, il découvrit et montra que cet astre voisin est une terre comme la nôtre, couverte de montagnes et de vallées. En les dirigeant sur le Soleil, il constata l’existence de taches à sa surface, et sa rotation de l’ouest à l’est. Cette rotation de l’astre du jour offrait un témoignage d’une haute présomption en faveur du mouvement de translation des planètes et de la Terre autour de lui, dans le même sens. En tournant la lunette vers Jupiter, l’illustre astronome découvrit que cette immense planète est accompagnée de quatre lunes ou satellites , le suivant dans son cours comme la lune accompagne la Terre : ce petit système représentait en miniature le système planétaire tout entier. Ainsi s’accumulaient comme par enchantement les témoignages favorables à Copernic. Le plus palpable et le plus significatif de tous fut de voir se réaliser dans le champ de la lunette la prédiction que Copernic avait faite soixante-dix ans auparavant à ses délrac-

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