ENFANCE DE COPERNIC
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On a souvent plaisanté de ces remarques faites sur la plus tendre enfance des hommes devenus célèbres, et il est vrai qu’on a également des exemples tout à fait contraires-, de profonds génies qui n’ont pas manifesté la moindre supériorité sur leurs voisins pendant leur enfance et même leur jeunesse. Cependant, quoique bien des enfants précoces n’arrivent à rien de bon pendant leur vie, il est permis de relever ces tendances en quelque sorte natives, lorsqu’elles ont inauguré une vie laborieuse et philosophique, comme dans le cas de Copernic. Je connais pour ma part un astronome vivant encore aujourd’hui, et dont les travaux resteront dans la postérité, parce qu’ils ont fait faire un nouveau pas à l'esprit humain dans sa « marche ascendante vers la connaissance de la vérité. On m’a souvent rapporté qu’il savait lire à l’âge de deux ans et demi et écrire à l'àge de trois ans, qu’il ne s’est jamais mêlé aux amusements des enfants de son âge qui venaient jouer sous ses fenêtres, et qu’à l’âge de quatre ans il avait copié un traité de cosmographie dont il aimait les signes cabalistiques sans en comprendre le premier mot. Cet enfant n’a pas été découragé dans ses goûts instinctifs, et, sorti d’une condition modeste, a acquis par ses propres travaux une réputation durable. Je pourrais Je nommer, car c’est aujourd’hui un vieillard d’un âge à pardonner toute indiscrétion'; mais i! ne me le permet pas et me prie d’attendre sa mort pour cela, ha morale de l’anecdote, comme de celle de Copernic, est que nous avons tous en nous une faculté prédominante ; que l’instruction élémentaire du pre-
ENFANCE DE COPEKNIC.
mier âge met déjà en évidence nos goûts instinctifs ; et que ladite faculté, bien dirigée, doit nous donner la carrière dans laquelle nous réussirons le mieux. Chacun peut faire son chemin dans la vie. Plus on commence lot et mieux cela vaut. Avec de la réflexion, de la volonté et de la persévérance, il est rare qu’on échoue, il est rare qu’on se trompe. « La vie n’est pas un plaisir, ni une douleur, a dit Alexis de Tocqueville, mais une affaire grave dont nous sommes chargés, et qu'il faut conduire et terminer à notre honneur. »
A l’àge de dix ans, Copernic eut le malheur de perdre son père. Dès lors, son oncle, Lue Wasselrode, évêque de Warmie, prit soin de lui et lui fit compléter- ses études. Ces années de jeunesse se passèrent dans l’étude des langues anciennes et des lettres, selon l’habitude. On a conservé de lui une élégante traduclion latine desépîtres deTheophylaclus.il se forma un style pur et méthodique, doué parfois d’un ‘grand charme littéraire, quand le sujet se prêle à l’éloquence, comme nous en jugerons bientôt. Nous pouvons remarquer âce propos que quoique l’enseignement des langues mortes tienne encore aujourd'hui beaucoup trop de place dans les huit années de classe de nos lycées, au détriment des connaissances positives qui constituent le principal lot de l’humanité, cependant il ne serait pas bon, par une exagération contraire, de les supprimer entièrement. Nos langues modernes dérivent des anciennes. Pour écrire purement, il est indispensable de connaître les étymologies, et il est utile de s 'être formé le goût dans la société des grands interprètes des belles
langues de Rome et d’Athènes.
A l’âge de dix-huit ans, l’oncle de Copernic l’envoya à l’université de Cracovie pour y étudier la médecine. C’était là d’abord la carrière à laquelle il pensait se destiner. Il fut inscrit au nombre des élèves de cette célèbre université sous la dénomination de « Nicolaus Nicolaï dcThorunia ». Son temps, principalement consacré aux leçons qui devaient lui donner le doctorat,- fut aussi partagé entre l’étude de la philosophie et celle des mathématiques. Bientôt même, par un goût de plus en plus développé, cette dernière étude empiéta sur les deux autres. L’université de Cracovie, alors dirigée par Mathieu de Kobylin, comptait parmi ses professeurs, à la chaire d’astronomie, le célèbre Albert Brudzewski, professeur dont l’ouvrage Commentaria utilissima in theoricis planetarum est l’un des plus savants traités d’astronomie publiés à cette époque. C’est à son cours que le jeune Copernic sentit se révéler sa véritable vocation et s’allumer son enthousiasme pour la divine science du ciel. Cependant il termina ses études médicales, et reçut le bonnet de docteur.
Telles furent l’enfance et l’adolescence de celui qui devait prouver le véritable systènje du monde. Dans ses recherches sur Copernic, un professeur de l’université de Varsovie, M. Krzyrzanowski, nous apprend que le nom primitif de la famille du grand astronome était Koppirnig. A la fin du xiv° siècle, les aïeux de Copernic, arrivés de la Bohême, s’établirent à Cracovie. Dans le livre du conseil municipal de l’ancienne capitale de la Pologne, Acta consularia cracoviensia , et qui com-
mence en 1392, on trouve pJrmi les habitants arrivés de la Bohême auxquels a été accordé le droit de bourgeoisie, le nom de Nicolas Kopcrnik , grand-père de l'astronome. Dans le même acte, le bourgeois Dambrovva, habitant ancien de Cracovie, d'origine Bohême, se portait garant de l'identité et de la personne de Nicolas Kopernik, assurant qu'il arrivait de Bohême. L’étvmologie polonaise du mot Koppirnig, transformé par les temps en Copernic, signifie humilité, humble (1).
La famille de Copernic avait des rapports continuels avec Cracovie et Thorn, ce qui fut cause sans doute que le fils de Nicolas Copernic, né à Cracovie en 1420, choisit pour sa résidence la ville de Thorn, où se trouvait une partie de sa famille. En 1464, il épousa Barbe Wasselrode, sœur de l’évêque de Warmie, et reçut en dot une maison dans la rue Sainte-Anne. Ce fut dans cette maison qu’en 1473, naquit son fils l’astronome qui fut nommé Nicolas, comme son grand-père. En 1465,
1. La véritable orthographe du nom du fondateur de l’astronomie moderne serait Kopcrnik, car en polonais Copernic se prononcerait Tsopernis. Nous pensons cependant que le véritable nom scientifique et historique de l’immortel astronome est celui sous lequel il a écrit et a été connu, c’est-à-dire Co/^eriiicds, lequel, traduit du latin en français, est devenu Copernic Plusieurs biographes reviennent à l’orthographe de la famille : il nous semble que ce changement tardif est tout à fait inutile. 11 en est de même pour Képlcr, dont le nom de famille est Keppler, mais qui s’étant fait connaître en latin a toujours été écrit Kcplerus ou Képler. Nous n’appelons pas Galilée Galilcn , et celui qui prononcerait Nioulonn au milieu d’un public français ne rappellerait pas l’illustre et classique Newton. Gardons les noms tels que la gloire les a consaci’és dans chaque pays.