GALILÉE
avant d’ouvrir ce petit livre. La poésie, la musique, le théâtre, tout s’est réuni pour chanter les louanges de celui qui souffrit pour enseigner la vérité annoncée un demi-siècle avant lui par Copernic. Kepler qui confirma, comme Galilée, par des découvertes nouvelles, la réalité du système astronomique moderne, n’est connu que des astronomes et des savants ; Newton est également resté dans les hauteurs de la science pure; et Galilée, grâce à ses malheurs, personnifie pour la société en général, le fondateur de la théorie du mouvement de la Terre.
Les sentences ecclésiastiques portées à plusieurs reprises pendant le xvn° siècle contre la croyance au mouvement de la Terre ont été retirées par le pape Benoit XIV, et aujourd’hui l'Église catholique admet le véritable système du monde. Les corps enseignants, soumis à l’Église, directement ou indirectement, jusqu’à la Révolution, se sont opposés pendant fort longtemps à ce que cette théorie fût enseignée comme véritable, et il n’y a pas cent ans qu’on l’enseigne partout librement. La Sorbonne s’est vue dans la condition singulière de permettre aux professeurs d’enseigner l’astronomie moderne fondée sur le mouvement de la Terre, comme une hypothèse commode , mais fausse!... ücscarles lui-mème n’a-t-il pas eu la singulière fantaisie de dire que dans le système de Copernic la Terre est aussi immobile que dans celui de Plolémée, attendu qu’elle est portée dans son mouvement par la matière cosmique des tourbillons et qu’elle est immobile dans cette matière comme une barque sur un
fleuve (1). Le P. Boscowich, imprimant à Rome, en 1746, une dissertation sur les comètes, met en préface cette magnifique déclaration : « Plein de respect pour les Saintes Ecritures et pour le décret delà sainte Inquisition, je regarde la Terre comme immobile,.. Toutefois, pour la simplicité, je ferai comme si elle tournait!.. » C'était l'acte d'un bon jésuite, d'autant plus que son calcul de l’orbite des comètes serait impossible à faire si la Terre ne tournait pas. Malgré tous les empêchements et tous les bizarres retards à l’adoption de la vérité, celle-ci devait finir par triompher, et dès les premiers moments de l’astronomie moderne, tandis que Galilée démontrait physiquement la réalité des notions de Copernic, Kepler les démontrait malhémathiquement.
Kepler, né en 1571, mort en 1630, se déclara dans le même temps que Galilée, en faveur de Copernic, et publia en Allemagne, avec plus de liberté que son émule en Italie, ses travaux profonds et ingénieux qui concouraient tous à affermir sur des bases inébranlables
1. C’est dans le système des tourbillons que Descartes commet cette plaisanterie. 11 avait écrit un grand ouvrage synthétique sur l’univers, et ce livre devait être définitivement livré à l’impression vers la fin de l’année 1633, lorsque le bruit de la condamnation de Galilée répandu par Gassendi et Bouillaud, quatre mois seulement après qu’elle eut été prononcée par l’inquisition romaine, fit tout rompre et priva la postérité de ce vaste ouvragé, composé avec tant de soins et de peine. Descartes renonça à publier son travail, de peur de compromettre le repos dont il jouissait dans sa solitude de Deventer, et aussi pour ne pas paraître manquer de respect à l’autorité du Saint-Siège, en soutenant de nouveau le mouvement planétaire du globe terrestre.