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Le 8 mars 1618, Képler en vint, après beaucoup de ten

Cette découverte dégageait enfin du système de Copernic les cercles excentriques et les épicycles qui l’encombraient encore et qui lui étaient restés comme héritage organique de l’ancien système. « La structure du monde planétaire apparut alors, dans sa réalité objective et dans sa noble simplicité, dit Humboldt, comme une œuvre d’une admirable architecture ». L'harmonie idéale que Kepler avait devinée d’avance dans l’œuvre de Dieu, il venait de la saisir et de la faire connaître à l’humanité.

Nous ne voyons pas le système planétaire de face, mais par sa tranche, non en plan , mais en section. La raison en est que notre point d’observation gît dans le plan général ; que la notion que nous cherchons à nous foçmer du système du monde n’est pas celle de sa section, mais de son plan. C’est comme si nous essayions de lire un livre, ou de parcourir , d’embrasser un pays sur la carte, en tenant l’œil de niveau avec le papier. Nous pouvons seulement juger directement de la dis-

tatives inutiles, à l’idée de comparer les carrés des temps pendant lesquels les planètes accomplissent leur révolution avec les cubes des distances moyennes ; mais il se trompa dans les calculs et rejeta cette idée. Le 15 mai 1618, il revint à la charge et son calcul se trouva juste : « ta troisième loi de Kepler était trouvée. » Cette découverte et celles qui s’y rattachent tombent précisément dans l’époque déplorable où ce grand homme, exposé dès sa tendre enfance aux plus rudes atteintes du sort, travailla pendant six années à sauver de la torture et du bûcher sa mère septuagénaire, que l’on accusait d’empoisonnement et de sortilège. Les soupçons étaient fortifiés par ces circonstances que la malheureuse femme avait pour accusateur son propre fils, le potier Christophe Kepler et qu’elle avait été élevée chez une tante qui avait été brûlée à Weil comme sorcière.

KEPLEJl.

tance des objets par leur grandeur, ou mieux, de leur changement de distance par leur changement de grandeur ; nous ne pouvons môme distinguer que d’une manière indirecte les positions relatives où ils se trouvent de celles où ils nous semblent placés. Or, les variations de grandeur apparente que présentent la Lune, le Soleil, sont trop peu considérables pour qu’il soit possible de les mesurer sans faire usage du télecope, et le corps des planètes est si faible qu’il échappe à l’œil nu.

Le système de Copernic une fois admis, cette difficulté disparaît : ce n'est plus qu’un simple problème de géométrie et de calcul qui consiste à déterminer, d’après les positions observées d’une planète, son orbite réelle autour du Soleil, ainsi que les autres circonstances que présente son mouvement. C'est ainsi que Kepler procéda pour l’orbite de Mars, qu’il reconnut être une ellipse dont le Soleil occupe un des foyers. Il essaya d’étendre cette loi à toutes les planètes, et reconnut qu’elle s'applique également à toutes. Ce résultat, et d’autres non moins remarquables, qui sont désignés dans les ouvrages sous le nom de lois de Kepler, constituent le plus beau, le plus important système des rapports géométriques qui ait jamais été découvert à l aide de l’induction, et sans le secours d’aucun aperçu théorique. Ces lois comprennent les mouvements de toutes les planètes et nous mettent à môme d’assigner leur lieu dans leurs orbites à une époque quelconque, passée ou future, sans tenir compte de leurs mutuelles perturbations, pourvu qu’on sache

résoudre certains problèmes qui sont purement géométriques.

Ce ne fut cependant que longtemps après Kepler qu’on reconnut l'importance réelle des lois qu’il avait découvertes. Envisagées en elles-mêmes, elles offraient, il est vrai, un bel exemple de l’harmonie, de la régularité avec lesquelles sont disposées toutes les parties du grand œuvre de la création, ainsi qu'un contraste étrange avec l’échafaudage de cycles et d’épicycles qui les avait précédées. Mais là semblait se borner l'avantage. On reprocha même à Kepler, et non sans une sorte de raison, d’avoir rendu plus difficile le calcul de la position des planètes, attendu que les ressources de . la géométrie étaient insuffisantes alors pour résoudre les problèmes qu’amenait la stricte application de ses lois.

La connaissance des satellites de Jupiter et des phases de Vénus eut la plus grande influence sur l'établissement et la propagation du système de Copernic. Le petit Monde de Jupiter (Mundus Jovialis), offrait à l’intelligence une image complète du grand systèmè planétaire. La découverte des satellites de Jupiter marque, dans l’histoire et les vicissitudes de l'astronomie, une époque à jamais mémorable. Les éclipses des satellites, leur immersion dans l’ombre de Jupiter ont conduit à mesurer la vitesse de la lumière (1675), et par suite à expliquer l’ellipse d'aberration les étoiles fixes (1727),. par laquelle se reflète, pour ainsi dire, dans la voûte du Ciel le mouvement annuel de la Terre autourdu Soleil. Ces découvertes de Rœmer et de Bradley ont été nommées

KEPLEU. — NEWTON.

avec raison la clef de voûte du système de, 'Copernic, la démonstration matérielle du mouvement de translation qui emporte la Terre. * .

La révolution scientifique dont Copernic est l’auteur, a eu celle rare fortune que, si l’on excepte la courte suspension produite par l’hypothèse rétrograde de Tycho-Brahé, elle a tendu constamment au but, c’est-àdire vers la découverte de la véritable structure du monde. Le riche fond d’observations précises de celuici même a servi aussi à faire découvrir les lois éternelles du système planétaire, qui ont répandu plus tard sur le nom de Képler un éclat impérissable, et qui, interprétées par Newton, démontrées par lui théoriquement et comme un résultat nécessaire, ont été transportées dans la sphère lumineuse de la pensée, et ont fondé la connaissance rationnelle de la nature. On a dit ingénieusement, « Képler a écrit un Code et Newton, 1 Esprit des lois. »

Copernic, Kepler, Galilée en avaient appelé aux faits. Leurs découvertes firent justice des erreurs de la philosophie d’Aristote. Mais il restait à démontrer comment et en quoi elle s’était méprise, à faire connaître la faiblesse de son système et à lui substituer un corps de doctrines qui fût mieux entendu. Cette tâche fut remplie dans le même temps par François Bacon de Verulam (15GI-1C26; qui sera justement considéré par les siècles à venir comme le réformateur de la philosophie, quoiqu'il ait peu ajouté à la masse des vérités .physiques, et que ses idées ne soient pas toujours exemptes d’erreurs, erreurs qu’il faut plutôt attribuer à l’ignorance

de son siècle, qu'à une étroitesse de vues qu’il n'avait pas. On a essayé d’atténuer les services qu'il a rendus en prouvant que s^ méthode est une chose d’instinct, qu’elle a été employée en diverses occasions par les anciens et les modernes. Mais ce n'est pas d'avoir introduit le raisonnement d'induction comme procédé nouveau, comme procédé inusité, qui fait le mérite de la philosophie de Bacon. Ce qui la recommande et la caractérise, c’est sa perspicacité, son enthousiasmera confiance avec laquelle elle s’annonce comme l’alpha et l’oméga de la science, comme la grande et unique chaîne qui lie les vérités physiques.

La science reçut alors une immense impulsion. On eût dit que le génie de l’homme, longtemps contenu, échappait à ses entraves ; qu’il s’élancait enfin dans l’univers; qu’il commençait à défricher un sol vierge, à mettre à nu les trésors enfouis dans son sein. On reconnut généralement la pauvreté et l’insulfisance de la science en matière de faits. Chacun se mit en recherche, et bientôt s’ouvrit une ère nouvelle pleine d’enthousiasmes et de merveilles, à laquelle on ne trouve rien de comparable dans les annales du genre humain. La nature semblait elle-même seconder l’impulsion. Tandis qu’elle fournissait des moyens nouveaux» extraordinaires, aux sens qui devaient l’explorer, tandis que le télescope et le microscope ouvraient l’infini de* toutes parts, elle déploya comme pour fixer l’attention sur ses merveilles et signaler cette époque, le plus éclatant, le plus mystérieux des phénomènes astronomiques : l’apparition et l’extinction totale

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