CHAPITRE IV
comment l'Église , dont le germe avait été arrosé par le sang des persécutions, s'est dilatée et s'est assise sur les ruines de l'empire romain tombé en décrépitude. Il montre le christianisme recueillant, de la vieille civilisation devenue stérile, le legs magnifique delà science et des arts , pour le transmettre aux nations barbares qui viennent à lui , comme des enfants à leur père. Pendant la longue période du moyen âge, c'est le clergé qui consacre les cloîtres à la conservation des anciens livres, et qui sauve les lettres d une entière décadence.
« Au sortir de ces temps d'ignorance, tontinue-t-il, ce fut encore l'Église qui répandit la première les sciences et les arts dans toutes les classes de la société. Elle sut inspirer tous les genres de génie , et bientôt apparurent tous les chefs-d'œuvre de la poésie , de la peinture , de la sculpture et de l'architecture. Rome, surtout, leur ouvrit toutes les portes de ses basiliques et de ses palais. Les papes couronnaient le Tasse et Raphaël ; le catholicisme créait le Dante et Michel-Ange. Puis des prêtres et des moines illustrèrent alors la science et les arts : Copernic, chanoine de Frauenburg, qui professait cent ans avant Galilée le système astronomique supposant l'immobilité du soleil ; Pétrarque , Caldéron , Métastase , poètes du premier ordre ; Fra Bartholomeo , qui donna des leçons à Raphaël; Angelo di Fiesole, l'émule de Pérugin. Léon X, de la famille des Médicis, ne donna-t-il pas son nom à un siècle? Le sacerdoce n'a pas découvert l'Amérique ; il a fait plus, il l'a civilisée en la rendant chrétienne. Quelle branche des connaissances humaines a échappé aux Jésuites? Le moine Tournefort a attaché son nom à une classification des plantes en botanique ,
et le chanoine de Notre-Dame, Hatty, n'a-t-il pas été l'un des minéralogistes et l'un des physiciens les plus illustres? La littérature n'a-t-elle pas eu Corneille, Bossuet, Fénelon , Maury et tant d'autres? Le clergé n'a donc jamais laissé échapper de ses mains le sceptre de la science ; s'il l'a partagé avec les laïques, c'est librement et volontairement pour travailler à 1 émancipation intellectuelle du genre humain.
« Mais M. B*** pousse un cri de triomphe à la vue de la réforme , qui détache un si bel anneau de la chaîne catholique , comme si saint Paul , au berceau du christianisme , ne s'était pas écrié : Oportet hœreses esse. Les hérésies ne durent qu'un temps. L'arianisme est mort au bout de trois siècles ; le protestantisme à son tour est décrépi, et s'en va en dissolution. Il est partout débordé, étouffé par le catholicisme, en Angleterre, en Allemagne, en Amérique...
« Qu'on ne vienne pas nous dire maintenant que notre religion s'en va, et qu'elle ne pèse pas pour la plus petite affaire dans les questions sociales. Qu'on ne vienne pas nous dire que nos temples sont déserts; mais qu'on lise ce témoignage rendu à la vérité par un organe de l'opinion philosophique, Y Europe littéraire.
« Et que sert après cela de venir au milieu des nations, et de dire d'une grande voix : Le catholicisme est mort ! . . . Que sert cette oraison funèbre , que depuis dix-huit siècles on répète à satiété à nos oreilles? Depuis dix- huit siècles ; car, ne vous y trompez pas , cette objection est vieille comme la vérité ; elle date du temps des Apôtres ; eux aussi , on les traitait d'agonisants :