CHAPITRE V
Origines do la société de Saint-Vincent-de-Paul.
Nous avons, pour ainsi dire, assisté à la naissance de la société de Saint-Vincent-de-Paul, et nous sommes heureux de pouvoir donner sur son origine des détails d'autant plus authentiques, que notre illustre frère, dans nos rapports intimes , n'a jamais cessé de nous entretenir de l'œuvre qui était l'objet de ses affections les plus vives et de ses constantes préoccupations.
Cette asso:iation, qui lui était si chère, tient, en effet, une place des plus importantes dans toute sa vie; et son zèle pour la servir ne s'arrêta que sur le seuil de l'éternité, c'est-à-dire qu'il y travailla sans cesse, avec une ardeur incomparable, pendant plus de vingt ans. On ne s'étonnera donc pas que celui qui écrit la vie de cet ouvrier infatigable, consacre deux longs chapitres à l'intéressante histoire de la société de Saint-Vincentde-Paul1.
1 Nous ne croyons point sortir de notre sujet en donnant ici l'histoire de la société de Saint- Vincent-de-Paul, puisque les membres les plus éminents qui la dirigent déclarent eux-mêmes qu'Ozanam est celui
Le zèle que déployaient, pour la défense de leur foi, les jeunes chrétiens membres de la conférence d'histoire dont nous venons de parler, leur mérita une faveur à laquelle ils étaientloin de s'attendre. Unreproche, ouplutôt une sorte de défi qui leur fut adressé dans leurs réunions, devint la source d'où jaillit , pour ainsi dire , la société de Saint-Vincent-de-Paul. C'est à des faits pareils que l'on reconnaît les œuvres divines de Celui qui a tout créé de rien. Mais laissons la parole à Ozanam, qui fit lui-même le récit de cet événement dans un discours prononcé en 1853, devant la conférence de Florence.
« Nous étions alors, ditMl, envahis par un déluge de doctrines philosophiques et hétérodoxes qui s'agitaient autour de nous , et nous éprouvions le désir et le besoin de fortifier notre foi au milieu des assauts que lui livraient les systèmes divers de la fausse science. Quelques-uns de nos jeunes compagnons d'études étaient matérialistes; quelques-uns saints-simoniens ; d'autres fouriéristes ; d'autres encore déistes. Lorsque nous, catholiques , nous nous efforcions de rappeler à ces frères égarés les merveilles du christianisme, ils nous disaient tous : Yous avez raison, si vous parlez du passé. Le christianisme a fait autrefois des prodiges , mais aujourd'hui le christianisme est mort. Et en effet, vous
qui a le plus contribué à sa fondation et à son développement. Parler des origines et des- progrès de cette société, c'est donc écrire la vie de celui qui lui a consacré tout son zèle et toutes ses forces. Cet historique , qui se trouve au reste, en grande partie dans le manuel de la société de Saint-Vincent -de -Paul, donnera à nos lecteurs une idée exacte du but de cette association , de son esprit , de ses œuvres , de son importance et de son organisation.