CHAPITRE V
porterait à le croire , c'est qu'après, une année de combats dans la conférence d'histoire , n'ayant fait aucune conquête, malgré des travaux inouïs, et même en se reprochant de sacrifier l'étude de son droit, il disait à ses amis : // manque quelque chose pour que Dieu bénisse notre apostolat , ce sont les œuvres de charité.
Quoi qu'il en soit, personne ne remarqua quel fut celui qui s'était écrié : Fondons une œuvre de charité, et le souvenir s'en évanouit si promptement, que jamais aucun des plus anciens membres ne put se le rappeler.
Lorsque ces mots : Fondons une conférence de charité, furent prononcés, chacun se demandait : « Qu'est-ce que peut bien être une conférence de charité? » Cette sortie inattendue surprit tous les membres de l'assemblée ; mais elle répondait si bien aux sentiments et aux besoins de tous les cœurs , que sans avoir une idée bien précise de ce qu'ils allaient entreprendre , il fut décidé qu'on irait prendre des conseils auprès de la sœur Rosalie , supérieure des sœurs de Saint- Vincent-de-Paul, de la rue de l'Ëpée-de-Bois , et que , pour mettre aussitôt la main à l'œuvre , on lui demanderait l'indication de quelques familles pauvres à visiter.
Toutefois, pleins d'ardeur et de bonne volonté, ils eurent assez d'humilité pour se défier de leurs propres lumières dans une entreprise si nouvelle pour eux ; et il est bien permis de croire que ces humbles sentiments furent en grande partie la source des bénédictions que le Ciel répandit sur leur œuvre. Us choisirent donc d'un commun accord , pour conseiller et pour guide , le vénérable
M. Bailly, qui voulut bien accepter le rôle important de président ; ce fut Ozanam qui fut chargé de ce message1.
On se rendit en conséquence chez M. Bailly, pour causer avec lui du projet qui avait été formé. Il accueillit avec empressement ces ouvertures , encouragea Ozanam et ses amis, et leur offrit les bureaux de la Tribune catholique , rue du Petit -Bourbon- Saint -Sulpice, (aujourd'hui rue Saint- Sulpice, dont elle était alors le prolongement), pour y tenir leurs réunions.
L'entretien d'Ozanam avec M. Letaillandier fut le germe de la société de Saint -Vincent -de- Paul; la réunion de l'hôtel Corneille 'commença à la développer ; la petite réunion tenue chez M. Serre la mûrit; l'entrevue avec M. Bailly acheva de réaliser l'œuvre si pieusement méditée , et vint combler les vœux les plus ardents de notre excellent frère.
La conférence de charité était fondée ! Elle s'installa au mois de mai 1833, en profitant de la bienveillante hospitalité de celui qui devait désormais la présider.
Elle était composée de huit membres 2, tous très jeunes; un seul avait un peu plus de vingt ans. Leurs noms étaient : MM. Ozanam, Letaillandier, Devaux, Lamache, Lallier, Clavé... Mais aucun de ces huit pre-
1 Voir la note n° IV relative à M. Bailly.
2 Manuel de la société de Saint -Vincent- de -Paul, IIe partie, p. 339. Ozanam, dans le discours qu'il adressa à la conférence de Saint- Vincent-de-Paul de Florence , dit : « Vous voyez devant vous un des huit étudiants qui, il y a vingt ans, en mai 1833, se réunirent pour la première fois sous la protection de saint Vincent de Paul , dans la capitale de la France. » Nous ne pouvons en citer que six, le nom des deux autres est resté inoonnu.