CHAPITRE V
miers membres de la société de Saint-Vincent-de-Paul n'a travaillé autant qu'Ozanam à la constituer, à la développer, à lui inspirer l'esprit du saint pvtron qu'elle allait choisir pour la protéger ; ce qui a toujours fait regarder Ozanam comme l'un de ses principaux fondateurs.
Il fut convenu, dès le premier jour, qu'on visiterait les pauvres chez eux. Jaloux en quelque sorte de leur trésor, ces huit jeunes gens n'avaient pas l'intention d'ouvrir à d'autres les portes de leur réunion. Mais Dieu en avait décidé autrement. L'association peu nombreuse d'amis intimes qu'ils avaient rêvée , allait devenir le noyau d'une immense famille de frères, qui devaient se répandre sur une grande .partie du globe.
La charité chrétienne qui avait décidé la naissance même de la Société décida encore son accroissement. M. L*** avait un ami intime, digne à tous égards d'être admis dans ce petit cénacle : il le présenta. C'était M. Del moue, jeune poète de grande espérance, qui devait, hélas ! quitter bientôt la vie. On craignit d'abord que ce nouveau venu, connu seulement de M. L***, ne diminuât quelque chose de l'intimité et de l'aménité des relations qui existaient depuis longtemps entre les membres ; néanmoins il fut reçu , et dès lors on fut moins difficile pour les admissions. A la fin de l'année scolaire ils étaient dix-sept ou dix-huit.
Les séances commençaient et s'achevaient par la prière ; on faisait une courte lecture de piété , le plus ordinairement sur Y Imitation de Jésus-Christ, ou sur la vie de saint Vincent de Paul , puis chacun rendait compte de la visite de ses pauvres ; on faisait la distri-
bution des bons, et l'on terminait toujours par une modeste quête.
Chacun des associés eut bientôt une famille pauvre à visiter; on lui portait des bons achetés à la sœur Rosalie , la conférence n'étant pas assez riche pour en avoir en son nom. Mais ces quêtes faites dans les réunions auraient été bien insuffisantes, si Ozanam et quelques autres, par des traductions et des articles insérés dans la Tribune catholique , n'eussent apporté quelque argent pour aider à leur charité. Ce fut encore l'excellent M. Bailly qui leur ouvrit les colonnes de ce journal. Aucun des articles pourtant n'était ce qu'on appelle payé. On travaillait pour k gloire. Mais il arrivait que M. Bailly, au moment de la quête, laissait tomber ostensiblement cinq ou six pièces de cinq francs dans la bourse , en les donnant comme le fruit de la collaboration de quelques-uns des membres de la conférence au journal.
Enfin , ils choisirent saint Vincent de Paul pour leur patron. L'humilité et la charité sans bornes de ce grand saint, sa simplicité, sa droiture, sa prudence, son affabilité pour tous, répondaient si bien à l'esprit dont voulait se pénétrer la nouvelle Société, qu'elle crut ne pouvoir trouver un meilleur modèle ni un plus puissant protecteur.
M. Bailly, premier président des Conférences, connaissait M. Faudet, curé de Saint -Etienne -du -Mont, dont il était le paroissien ; il gagna facilement sa confiance en faveur de la Société naissante, et M. Faudet n'hésita pas à confier à celle-ci la visite de quelques familles pauvres de. sa paroisse.