CHAPITRE V
La montagne de Sainte- Geneviève pourra compter désormais une gloire de plus : après avoir été témoin des vertus héroïques de sainte Clotilde et de la patronne de Tari-, dont elle conserve religieusement le précieux tombeau, elle sera fière aussi d'avoir servi de berceau à la société de Saint-Vincent-de-Paul. Une serait point surprenant que Geneviève, présidant du haut des cieux aux destinées de la capitale , ait inspiré l'institution de cette œuvre admirable en réparation de tout le mal qui rayonne de Paris sur l'univers entier. Ce fut peut-être en reconnaissance de ce bienfait que les fondateurs choisirent Nanterre pour le but de leur premier pèlerinage, comme nous le verrons bientôt.
Pendant les premières années delà Société, M. Bailly fut le seul intermédiaire entre elle et l'autorité ecclésiastique; il en était fort apprécié, et se fit vis-à-vis d'elle le garant du bon esprit qui animait les membres des conférences. Ses démarches, pour faire accepter l'œuvre nouvelle, furent nombreuses et réitérées. Il finit par obtenir que l'assemblée générale de 1838 se tînt sous la présidence de M. l'abbé Jammes, vicaire général de Paris. Ce résultat fut considéré comme d'une importance capitale pour la société de charité.
Sur la fin de ,1834, le nombre des membres allait toujours croissant (ils étaient une centaine '). Cette conférence, après avoir quitté la rue du Petit - Bourbon-Saint-Sulpice, tenait ses séances dans une des salles du rez-de-chaussée de la maison n° 11, place
1 Lettres d'Ozanam, deuxième édition, t. I, p. 136.
de l'Estrapade, à côté de l'ancien local de la société des bonnes études. Mais la salle ne tarda pas à être comble. Ces progrès devinrent si rapides, que certains membres furent presque effrayés de cet accroissement si prompt et si considérable. On alla jusqu'à mettre en question si le cercle des admissions pourrait être encore élargi. La société de Saint -Yincent-de- Paul, depuis qu'elle avait ouvert ses rangs à la jeunesse chrétienne, ayant pour but avant tout de soutenir et affermir la foi des jeunes gens qui viennent compléter leurs études dans la capitale, devant rendre les admissions aussi faciles que possible , elle n'exigea comme condition que la pratique des devoirs les* plus essentiels du chrétien. Les œuvres de charité , les bons exemples des confrères et surtout la grâce divine se chargeraient de conduire ces jeunes âmes à une plus haute vertu. L'un des membres les plus anciens, M. de La Perrière, aujourd'hui doyen de la faculté des lettres de l'Université catholique de Lyon , plaida cette cause avec une si profonde conviction, avec tant de chaleur, qu'on abandonna le local habituel pour passer à l'ancien amphithéâtre des Bonnes-Études, qui pouvait contenir plus de trois cents personnes.
Cependant, lemois suivant (décembre 1834), on émit la question de savoir s'il ne serait pas à propos de diviser la réunion en deux conférences. Cette proposition souleva aussitôt une agitation très vive parmi les membres de la Société. L'esprit de sincère fraternité qui régnait entre eux avait resserré si étroitement les liens d'ami-
1 Lettres d'Ozanam, t. I, p. 133.