CHAPITRE V
Cependant, conformément au principe établi par la Société, de ne point fonder de conférence et de ne pas exercer le zèle de ses membres dans une paroisse sans l'agrément du pasteur qui en a la charge , le président de ce second rejeton fit une démarche auprès de M. le curé de Saint-Sulpice, comme les fondateurs de la Société auprès du curé de Saint-Etienne- du -Mont. On le pria de vouloir bien accueillir cette nouvelle œuvre dans sa paroisse , et de permettre aux jeunes gens qui s'en occupaient de s'y réunir sous son patronage. La société de Saint- Vincent-de-Paul, qui avait humblement grandi dans l'ombre , était entièrement inconnue de ce digne pasteur. La nouveauté de cette association, la jeunesse de la plupart de ceux qui la composaient alors , firent une impression peu favorable sur M. le curé, qui reçut plus que froidement le pauvre président. Cependant il lui adressa quelques questions. Ses réponses parurent le satisfaire , et sa modestie le toucha profondément. Aussi, à peine la conférence de Saint-Sulpice avait-elle quitté la maison de M. Bailly pour s'installer rue Cassette, que M. le curé vint un soir surprendre les membres qui la composaient , et leur offrir, avec la plus grande bonté et la plus grande générosité, un local vaste, commode, éclairé à ses frais dans les dépendances de son église , pour y tenir leurs séances , afin , ajouta- 1 -il, de ne rien distraire de leur recette
le premier rejeton de celle de Saint-Éticnne-du-Mont. MM. Chaurand et de Maubout, deux des plus anciens membres de la Société, assurent, de leur côté, que ce fut la conférence de Saint-Sulpice, qu'ils ont présidée successivement, qui se sépara la première. Le Manuel de la Société, Ile partie, p. 34, l'indique également, et nos souvenirs sont complètement d'accord avec ces dernières assertions.
pour les pauvres; car rue Cassette on payait un loyer.
Les rapports entre les trois conférences étaient fréquents. Il fallait fondre ensemble les divers éléments qui les composaient , pour les animer du même esprit , et conserver l'unité malgré la division des membres en plusieurs sections, et la variété des œuvres auxquelles ils s'appliquaient.
On réunissait de temps en temps les trois conférences, et M. Bailly présidait cette assemblée générale. Ozanam , qui dirigeait les travaux de la conférence de Saint-Étienne-du-Mont, faisait dans ces circonstances d'inimitables comptes rendus.
La réunion de Saint- Sulpice avait eu successivement à sa tête MM. Jules de Maubout, Chaurand et le Prévost. Nous avons consacré à ce dernier une note *. Il fut, en effet, l'un des membres les plus actifs et les plus influents de la société de Saint -Vincent -de -Paul, et l'ami intime d'Ozanam.
L'état des esprits à cette époque, mais non point le désir de l'indépendance, donnèrent à la société de Saint- Yincent-de-Paul un caractère exceptionnel et purement laïque. Jusqu'alors toutes les associations de ce genre ne s'étaient établies que sous la direction de l'autorité ecclésiastique diocésaine. Leurs règlements lui étaient soumis et devaient être revêtus de leur approbation ; un prêtre était ensuite préposé pour en assurer l'exact accomplissement, pour surveiller les œuvres et présider aux intérêts de la Société : c'était une sorte de confrérie.
i Voir à la fia du volume.