CHAPITRE VI
d'elles se rassemblèrent de temps en temps pour délibérer sur les œuvres communes et les intérêts de tous. Ces réunions, qui n'avaient lieu d'abord que tous les trois mois, se répétèrent plus fréquemment et finirent par devenir hebdomadaires. Elles maintinrent une union intime et permanente entre toutes les conférences de la capitale.
Ce conseil, qui prit le nom de conseil général, eut alors sa caisse spéciale alimentée en grande partie par le dixième des recettes des conférences de Paris, et par des dons volontaires; elle fut destinée uniquement à venir au secours des conférences momentanément embarrassées. Aussi le conseil ne se permit -il jamais de prendre la moindre somme sur cette caisse commune pour soulager des infortunes privées. A mesure que la société de Saint-Yincent-de Paul se répandait, des conseils analogues à celui de Paris s'établissaient dans les villes où se trouvaient plusieurs conférences, et les conférences rurales du voisinage de ces villes en relevaient aussi.
Enfin, l'un des moyens les plus efficaces pour le maintien de l'unité fut l'action du conseil général, auquel se rattachèrent tous les conseils particuliers de chaque ville.
Confondu d'abord avec le conseil de Paris, il s'en distingua plus tard par la raison même du développement de la Société, et on lui assura des attributions générales.
Il fut chargé de décider de l'admission des conférences dans la Société, comme le font les conférences pour l'admission individuelle de leurs membres. Son but, sa mission sont, en réunissant les lumières de
tous, de les mettre au service de chacun; de prévenir les difficultés; d'empêcher que, faute de communications régulières, les conférences ne devinssent étrangères les unes aux autres, et que les traditions de fraternité chrétienne ne se perdissent entre elles; de donner son avis aux conférences qui lui en demanderaient; défaire connaître les œuvres qui présentent plus d'inconvénients que d'avantages, et celles qui doivent assurer les sympathies de la Société ; d'aider au moyen de sa caisse celles des conférences qui, atteintes de nécessités particulières, ou trop récentes encore pour avoir des ressources suffisantes, lui demandent du secours pour leurs pauvres, ainsi qu'il a été dit plus haut ; de s'adresser, dans les circonstances graves , dans des cas extraordinaires , à la charité de la Société tout entière, comme il le fit, en 1840, pour venir en aide aux conférences établies dans les pays où l'inondation du Rhône avait causé le plus de ravages; comme il le fit en 1846, lors de l'inondation de la Loire; en 1847, pour venir au secours de l'Irlande décimée par la famine et la maladie; en 1848, lors de la crise industrielle , et , plus tard , de nouveau pour venir encore au secours de la malheureuse Irlande '.
Outre le conseil général et les conseils particuliers dont nous venons de parler, on établit des conseils cen ■ traux , qui relient les conférences d'un ou plusieurs diocèses; enfin les conseils supérieurs, qui ont pour circonscription un pays tout entier, ou une fraction considérable de pays. Du reste, ces deux dernières catégories se ressemblent beaucoup et ne se différencient
1 Extrait du Manuel de la société de Suint-Vincent-de-Paul.
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que par des nuances peu appréciables en théorie, et qui sont plutôt du domaine de la pratique f.
Après s'être établie dans un grand nombre de villes de France, la société de Saint-Vincent-de-Paul passa les frontières pour s'installer à Rome. Plusieurs Français s'y trouvaient; ils se groupèrent autour d'un ecclésiastique; c'était en 183G. Ils avaient commencé leurs réunions et leurs visites, lorsqu'au bout de quelques mois le choléra les dispersa. La Société reprit dans la capitale du monde chrétien une vie nouvelle, plus forte et plus persévérante, en 1842 , à la suite des prédications du R. P. de Ravignan, pendant l'hiver. A la fin de 1851, la Société avait fondé quatre conférences pour les Romains, et une pour les étrangers placés sous la direction du cardinal-vicaire; en 1859 on en comptait quinze. Elles se rattachaient au centre commun de la Société d'une manière aussi intime que celles de France. Le père de Villefort, jésuite, fut un de ses protecteurs. Nous verrons plus loin, dans le tableau synoptique , la statistique complète des conférences qui furent successivement créées en Italie , en Angleterre , en Irlande, en Relgique, dans les Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, en Turquie, en Espagne et en Amérique. Ce qui devint pour la Société la source d'une prospérité nouvelle fut la bienveillance avec laquelle l'œuvre fut accueillie par le pape Grégoire XVI. Par deux brefs en date des 10 janvier et 12 août 1815, le souverain pontife accorda des indulgences à tous les membres de la Société, et donna ainsi la plus haute consécration et l'approbation la plus solennelle à la
1 Extrait d'une lettre de M. Baudon du 13 mars 1878.
Société. Il daigna même étendre ses faveurs sur les bienfaiteurs de la Société, recommanda celle-ci telle qu'elle existe, avec sa forme laïque, quoique sa co; stitution fût nouvelle jusqu'à un certain point dans l'Église. Enfin, en 1852, le conseil général et les conseils supérieurs de l'étranger ayant demandé avec instance un cardinal protecteur de la Société , Pie IX le leur accorda et nomma à cet effet Son Éminence le cardinal Fornari , remplacé après sa mort par le cardinal Roberto-Roberti.
Non content de lui avoir concédé cette insigne faveur, le pape Pie IX ordonna que les insignes reliques renfermées dans la basihque de Saint -Pierre fussent exposées à la vénération des fidèles dans la chapelle du Saint - Sacrement ; puis il annonça que le 6 décembre 1854 il irait offrir le saint sacrifice, en présence de ces reliques , à l'intention des conférences de Saint-Vincent- de -Paul, et distribuerait lui-même le pain de vie aux membres des conférences.
Le président général de la Société, un des vice-présidents généraux et quatre cents membres assistèrent au saint sacrifice et communièrent de la main du souverain pontife. Après la messe, le saint-père voulut que les conférences se chargeassent de distribuer de sa part 13 500 fr. aux pauvres de Rome, à l'occasion de la fête de l'Immaculée-Conception-.
Le pape porta si loin sa bienveillance qu'il promit de venir présider lui-même, dans la salle consistoriale , l'assemblée générale des conférences de Rome, après les fêtes de Noël. Mais la nouvelle de cette faveur insigne s'étant répandue au loin , on vit accourir à cette