CHAPITRE VI
de Persigny, ministre de l'intérieur sons l'empire, adressa k tous les préfets, en date du 1G octobre 1861 , une circulaire qui élevait contre la Société quatre griefs ; elle accusait :
1° La société de Saint-Vincent-de-Paul d'être devenue une sorte d'association occulte , constituée sous la forme des sociétés secrètes ;
2° Le conseil général de prélever sur les conférences un budget dont l'emploi reste inconnu ;
3° Le conseil général ou supérieur et les conseils centraux ou provinciaux de s'imposer aux conférences locales, de s'arroger le droit de les gouverner, d'intervenir sans utilité dans la distribution de leurs aumônes, et de les dépouiller du droit d'élire leurs présidents ;
i° L'action du conseil général et des conseils centraux, sous l'apparence d'encourager les efforts particuliers des conférences, de tendre à les faire servir d'instruments à une pensée étrangère à la bienfaisance, et son organisation de ne pouvoir s'expliquer par l'intérêt seul de la charité.
La société n'eut pas de peine à répondre et à prouver :
1° Qu'elle n'avait rien d'occulte et de secret; que ses règles, ses institutions, ses actes, ses comptes, ses noms, ses lieux et ses heures de réunion étaient publics;
2" Quant au prélèvement fait par le conseil général sur les conférences d'un budget dont l'emploi resterait inconnu, que l'article 38 du règlement de la Société porte que la caisse centrale est alimentée par des dons , par des quêtes , par les offrandes envoyées par chaque
conférence; qu'ainsi ces dons étaient entièrement facultatifs; que leur but est de payer les frais de correspondance et d'administration, et surtout de venir en aide aux conférences pauvres; que ces dons ne s'étaient jamais élevés au delà de 9 à 10 000 francs, tandis que le nombre des conférences s'élevait à trois mille quatre cent six, et que l'ensemble des ressources dont elles avaient disposé en 1860 avait atteint près de 5 000 000 de francs;
3° Quant au troisième grief, la société répondit que l'organisation hiérarchique s'était faite d'elle-même et par la force des choses, par le développement naturel et spontané de l'œuvre, dans laquelle les conférences unissent les membres; les conseils particuliers unissent les conférences d'une même ville ; les conseils centraux unissent les conférences isolées et les conseils particuliers ; enfin le conseil général sert de lien à toutes les parties de la Société , dont il forme le centre ;
4° Enfin , quant au grief suivant lequel la Société n'avait de la bienfaisance que l'apparence, et n'était organisée qu'en vue de la faire servir à la politique , il fut répondu que l'une des règles fondamentales de la Société portait : « La société de Saint-Vincent-de- Paul est toute de charité; la politique lui est tout à fait étrangère; » que ce fut le dernier conseil de M. Bailly, qui avait présidé pendant seize ans, dans la circulaire qui contenait ses adieux ; que le même conseil lui fut donné par le second président, M. Gossin, dans sa première circulaire du 15 août 1 8 4 i ; par le troisième président, en 1849 ; dans l'instruction sur les devoirs du président qui leur est spécialement des-