‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 129 sur 313 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ou préfèrent- elles continuer à fonctionner isolément, comme elles y sont autorisées aujourd'hui? »

L'immense majorité des conférences opta pour le second système, quel que fût le regret de subir un isolement contraire à leurs vœux. Il faut ajouter que cette proposition avait été transmise aux conférences sans qu'aucune ouverture eût été faite aux membres du conseil général frappé par la circulaire du 1 6 octobre, et dont aucun n'aurait accepté cette combinaison qui portait une atteinte aussi radicale à la Société '.

A l'occasion de ce procès, M>r Dupanloup , cet intrépide défenseur du droit et de la justice, prit la défense de la société de Saint -Vincent -de -Paul avec son courage et son éloquence si connus. Après avoir cité une grande partie d'une lettre qu'Ozanam écrivait, en novembre 18362, à l'un de ses amis, et dans laquelle il exposait le but et l'esprit de la Société , l'illustre prélat s'écrie :

« Je ne résiste pas au bonheur de laisser raconter la

1 Tout ce que nous venons de dire des œuvres et de l'organisation de la société de Saint-Vincent-de-Paul a été puisé dans le manuel et dans le bulletin de la Société. Souvent même nous les avons cités littéralement pour plus d'exactitude. Nous leur avons également emprunté la statistique des conférences établies en France et à l'étranger, ainsi que le chiffre des aumônes répandues chaque année par la Société depuis son oiigine. Quant aux accusations adressées par M. de Persigny contre cette œuvre de charité , nous avons cru devoir recourir au mémoire présenté à M. le ministre de l'intérieur au nom du conseil général de la société de Saint-Vincent-de-Paul, dont nous avons rapporté brièvement la défense. Nous ajouterons encore que nous nous sommes aussi ailé de l'article : Société de Saint-Vincentde-Paul , qui se trouve dans le Dictionnaire encyclopédique traduit de l'allemand, par M. l'abbé Goschler, qui, du reste, a eu recours aux mêmes sources que nous.

2 Lettres, t. I, p. 814.

formation toute naturelle d'une si belle œuvre par un de ceux que Dieu y a employés, qui n'a pas écrit, — puisqu'il n'est plus, hélas! — pour le besoin d'une cause que sa mémoire , à défaut de sa parole , protège et recommande. On ne me reprochera pas, j'en suis sûr, la longueur de cette lettre admirable de cœur et de charité -chrétienne ; elle dit d'ailleurs, avec un accent de vérité irrécusable et dans toute la sincérité d'un familier épanchement, ce qu'est au vrai la société de Saint -Vincent -de -Paul, si méconnue, si calomniée en ce moment, et ce qu'est ce conseil général brisé par la circulaire '. »

Le président général, M. Baudon, prit dès lors des mesures qu'il serait trop long de rapporter ici. Elles parvinrent à maintenir les rapports fraternels entre les conférences : la Société conserva son esprit et continua de progresser.

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler d'une œuvre d'un nouveau genre dont Ozanam fut l'un des principaux promoteurs. Profondément affligé de voir que le jour de la fête du Saint - Sacrement on refusait à Paris d'accorder un triomphe public au Dieu de l'Eucharistie, il résolut de s'en dédommager en allant avec quelques amis assister à la procession qui a lieu dans les villages qui entourent la capitale. Les doux souvenirs que lui rappelait la patrie de sainte Geneviève, et peut-être aussi la pensée que sa chère société de Saint -Vincent -de -Paul avait pris naissance à l'ombre du tombeau de cette patronne de Paris , lui

1 Les Sociétés charitables et les francs-maçons , et la circulaire du 16 octobre 1861 , par Msr Dupanloup , évèque d'Orléaas.

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