‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 132 sur 313 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

distingués. Il n'en fallait pas tant à Ozanam pour lui faire parcourir les cloîtres et les portiques de la vieille université avec un enthousiasme et un respect dignes des nobles souvenirs qu'ils lui rappelaient.

Après quelques jours passés à Bologne, notre mère partit directement pour Florence afin d'y rejoindre sa sœur; la revoir était l'unique but de son voyage, et quoiqu'elle prit le plus vif intérêt à tout ce que la nature , les arts et les sciences ont répandu de richesses et de beautés sur cette terre privilégiée d'Italie, son cœur l'emporta sur le puissant attrait que lui offraient ces nobles et innocents plaisirs. Quant à nous trois, nous prîmes la route de Rome par les bords de l'Adriatique et par Lorettc. Avant d'arriver à ce célèbre pèlerinage, nous voulûmes visiter Ancône et le magnifique arc de triomphe élevé sur la jetée en l'honneur de Trajan , qui avait fait agrandir le port. Ce monument est l'un des mieux conservés de ce genre. La ville était occupée depuis 1832 par une garnison française, qui s'y était établie à l'occasion de l'entrée des Autrichiens dans les États romains, sous prétexte de réprimer les révoltés. Depuis plusieurs jours l'italien était la seule langue qui bourdonnait sans cesse à nos oreilles. A peine arrivions -nous sous les murs d' Ancône que nous entendons un commandement : En avant, marche, d'une voix si nettement française, qu'à ces accents , qui nous rappelaient la patrie , notre cœur tressaillit; nous étions heureux d'entendre et de voir des compatriotes à deux cents lieues de notre pays, sur une terre étrangère.

Quelques heures nous suffirent pour voir Ancône. Une

vingtaine de kilomètres à peine nous séparaient de Lorette ; nous avions hâte de nous y rendre. Des cœurs chrétiens ne peuvent approcher de ce saint lieu sans ressentir une profonde émotion. Au reste, ce site ravissant semble avoir été tout particulièrement privilégié du ciel : la fécondité du sol qui produit presque sans culture, des ombrages délicieux, la douceur du climat, une vue splendide qui s'étend indéfiniment sur les flots limpides et argentés de l'Adriatique ; on croirait retrouver le jardin de délices destiné à nos premiers parents avant leur désobéissance. Serait-ce le Verbe de Bien, par qui tout a été fait l, qui aurait voulu disposer ainsi ce riche écrin pour y placer l'un des plus précieux joyaux de la sainte Église, la maison où Marie reçut le jour, et où lui-même s'incarna dans son sein? ou bien toutes ces merveilles, que la nature épanouit en ce lieu avec tant de prodigalité aux yeux des hommes , ne seraientelles pas un rayonnement symbolique des richesses spirituelles que renferme cet incomparable sanctuaire ? Quoi qu'il en soit, un charme indicible s'empare du voyageur dès qu'il foule de son pied cette terre bénie ; plus il avance , plus il voit s'effacer les vains préjugés qui auraient pu faire naître en lui quelques doutes sur l'authenticité de cette relique insigne - , mais c'est surtout lorsqu'il est prosterné dans la Santa Casa que le chrétien se sent inondé, et comme absorbé par une paix profonde et par les plus délicieuses émotions. Aussi Ozanam , pénétré de la sainteté de ce lieu , s'em-

i Joan. iv, 3.

8 Voir la note u° VI.

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