CHAPITRE VI
pressa -t- il de se confesser, ce qui lui fut facile; car dans la basilique qui sert de reliquaire à la Santa Casa et qui la renferme, on trouve des confesseurs qui parlent toutes les langues de l'univers, afin que les pèlerins de tous les pays puissent y trouver les secours spirituels qu'ils y viennent chercher. Nous eûmes le bonheur de sentir, en quelque sorte, le Verbe divin s'incarner entre nos mains sur l'autel, au milieu de la maison même ou dix -huit cents ans auparavant il s'était fait chair dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie. Frédéric répondait aux prières de l'adorable sacrifice, et il voulut y participer plus intimement encore en recevant la sainte communion avec les sentiments de la plus grande ferveur. A l'exemple des bonnes gens, nous fîmes tous deux le tour de la Santa Casa en marchant sur nos genoux. Ozanam était si profondément touché, qu'il ne pouvait se décider à quitter ce lieu de bénédiction. Il le fallait pourtant, car les jours de notre voyage étaient comptés.
Nous reprîmes donc la route de Rome par Foligno et l'Ombrie. Nous parcourions une délicieuse vallée formée par l'un des replis des Apennins, lorsque nous vîmes se dérouler au milieu de ce ravissant paysage une procession des plus pittoresques. Le doux souvenir que Frédéric en conserva, et dont nous nous entretînmes souvent ensemble, nous engage à en retracer ici un faible tableau.
Une trentaine de pénitents , dont le premier portait une croix et les autres des cierges, ouvraient la marche; puis venaient neuf capucins; six avaient des cierges à la main. Le père gardien, revêtu d'une chape, tenait
avec un grand respect une relique de la très sainte Vierge ; deux autres en dalmatique soutenaient les pans de la chape. Derrière eux on voyait s'élever sur un brancard simple , mais orné avec goût , une statue de Notre- Dame des Sept-Douleurs d'environ quatre pieds de hauteur. Elle était revêtue d'une robe de soie brune enrichie de dorures ; un cœur d'argent percé de sept glaives était suspendu à son cou , et se détachait avec avantage sur ce fond de couleur sombre. Un élégant baldaquin surmontait le tout, et quatre pénitents étaient chargés de ce précieux fardeau. Quelques hommes avec des flambeaux entouraient la statue. Une cinquantaine de bons paysans chantant des hymnes , à peu près autant de femmes récitant le chapelet formaient le reste du cortège. Ajoutez à cette description sommaire les costumes si admirés que portent les habitants de ces campagnes, puis le recueillement et la dévotion sincère qui présidaient à toute cette religieuse cérémonie, et vous comprendrez aisément qu'il y en avait assez pour graver en traits ineffaçables ce touchant spectacle dans l'imagination si poétique et dans le cœur si chrétien d'Ozanam.
Que le lecteur ne s'effraye point : nous n'avons pas l'intention de l'entraîner à notre suite de ville en ville, en remettant sous les yeux la description des monuments ou des objets d'art qui s'y rencontrent, ni de refaire ici un nouveau guide en Italie. Un seul désir, une seule pensée nous préoccupent : faire connaître Ozanam , et ne parler que des circonstances qui furent pour lui dans ce voyage l'occasion de manifester la vivacité de sa foi, son ardente passion pour les lettres et pour les arts.