‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 134 sur 313 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Enfin nous arrivons à Rome : la basilique de Saint- Pierre a notre première visite. Là, nous voyons encore Frédéric prosterné et profondément absorbé au lieu que l'on nomme la confession de Saint- Pierre. Implorant dans une fervente prière le prince des apôtres et lui demandant ce que lui-même demandait à Notre -Seigneur : Adaurja nobis fidem* : Augmentez notre foi! Il sentait d'autant plus ce besoin, qu'il vivait depuis deux ans à Paris dans une atmosphère où cet élément de vie devenait de plus en plus rare, et que lui-même avait été entouré un moment de ténèbres; puis il suppliait celui qui avait eu la mission de paître les agneaux, d'étendre sa houlette bénie sur la société naissante qu'il avait placée sous le patronage de saint Vincent de Paul.

La permission de rendre une visite au pape nous avait été facilement accordée. Mais il fallut bien des démarches pour nous obtenir l'exemption d'une coutume encore en usage à cette époque à la cour pontificale , relativement au costume exigé des laïques pour être reçus en audience par le saint -père. Cependant, après avoir parlementé plusieurs jours , nous obtînmes que l'on passerait sur l'irrégularité de cette étiquette. Grégoire XVI nous reçut avec une bonté toute paternelle ; pour Frédéric, ce fut un avant-goût de l'accueil exceptionnel qu'il devait en recevoir plus tard dans un second voyage.

Il nous serait difficile de dire avec quel intérêt Ozanam visita la bibliothèque Vaticane. Les six interprètes

1 Lac. xvn. 5.

qui ont chacun leur bureau dans la salle d'entrée et qui sont toujours prêts à répondre à tous ceux qui désirent les consulter, firent sur lui, dès l'abord, une profonde impression. Deux d'entre eux expliquent la langue latine , deux autres la langue grecque , un l'hébreu, et un dernier l'arabe et le syriaque.

En parcourant ces salles immenses, dont les armoires fermées cachaient à ses yeux les précieux trésors qu'elles recelaient dans leurs flancs, il se promettait bien de les faire ouvrir un jour, pour y puiser des richesses qui n'avaient pas encore été exploitées. Cette bibliothèque surpasse, en effet, toutes celles que possède l'Italie, par le nombre des manuscrits grecs, latins , italiens et orientaux , et par le recueil des éditions du xve siècle.

Nous ne parlerons pas des vives impressions qu'éprouva Ozanam en visitant les monuments de Rome païenne , ou ceux de la Rome moderne et chrétienne, les chefsd'œuvre que les arts ont répandus à pleines mains soit dans les palais, soit dans les églises. La chambre et le tombeau de Torquato Tasso, en particulier, le touchèrent profondément; il croyait presque voir et entendre l'illustre poète de l'Italie. C'était, en effet, bien moins sa curiosité qu'il cherchait à satisfaire , lorsqu'il contemplait toutes ces merveilles , qu'une étude sérieuse à laquelle il s'appliquait , autant que le peu de jours que nous avions à passer à Rome le lui permettait. Les nombreuses lectures qu'il avait faites, les cours qu'il avait suivis à l'École des chartes, à Paris, le mettaient à même de déchiffrer les inscriptions anciennes ; les différents livres dont il s'était

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